ODES F V N A M B V L E S <VV E S
Puis, sans peur ni réserve.
Réchauffant de ta verve Le mollet engourdi De Brididi,
Sur tes pas fiers et souples Traînant cent mille couples , Montre-leur jusqu'où va La redowa,
Et dans le bal féerique, Hurle un rythme lyrique Dont tu feras cadeau A Pilodo !
Tapez, pierrots et masques, Sur vos tambours de basques !
Faites de vos grelots Chanter les flots !
Formidables orgies, Suivez sous les bougies Les sax aux voix de fer Jusqu'en enfer !
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Sous le gaz de Labeaume Hurrah ! suivez le heaume Et la cuirasse d;or De Mogador !
Et madame Panache, Dont le front se harnache De douze ou quinze bouts De marabouts !
Au son de la musette Suivez Ange et Frisette, Et ce joli poupon, Rose Pompon !
Et Blanche aux belles formes, Dont les cheveux énormes Ont été peints, je crois, Par Delacroix !
De même que la Loire Se promène avec gloire Dans son grand corridor D'argent et d'or,
ODES FVNAMBVLESQVES.
Sa chevelure rousse Coule, orgueilleuse et douce ; Elle épouvanterait Une forêt.
Chantez, Musique et Danse !
Que le doux vin de France Tombe dans le cristal Oriental !
Pas de pudeur bégueule !
Amis ! la France seule Est l'aimable et divin Pays du vin !
Laissons à l'Angleterre Ses brouillards et sa bière !
Laissons-la dans le gin Boire le spleen !
Que la pâle Ophélie, En sa mélancolie, Cueille dans les roseaux Les fleurs des eaux !
ODES FVNAMBVLESQ^VES.
Que, sensitive humaine, Desdémone promène Sous le saule pleureur Sa triste erreur !
Qu'Hamlet, terrible et sombre Sous les plaintes de l'ombre, Dise, accablé de maux :
c. Des mots ! des mots ! »
Mais nous, dans la patrie De la galanterie, Gardons les folles mœurs Des gais rimeurs !
Fronts couronnés de lierre, Gardons l'or de Molière, Sans prendre le billon De Crébillon !
C'est dans notre campagne Que le pâle Champagne Sur les coteaux d'Aï Mousse ébloui !
ODES F V N A M B V LESQVES.
C'est sur nos tapis d'herbe Que le soleil superbe Pourpre, frais et brûlants, Nos vins sanglants !
Ces: chez nous que l'on aime Les verres de Bohême Qu'emplit d"or et de E Le sang d'un Dieu!
Donc, ô lèvres vermeilles, Buvez à pleines treilles Sur ces coteaux penchants, Pères des chants !
Poésie et Musique, Chantez l'amour ph}Tsique Et les cœurs embi Par les baisers '
Chantons ces jeunes femmes Dont les épithalames Attirent vers Paris Tous les esprits !
ODES FVNAMBVLESOVES. 4.3
Chantons leur air bravache Et leur corset sans tache Dont le souple basin Moule un beau sein ;
Leur col qui se chiffonne Sur leur robe de nonne, Leurs doigts collés aux gants Extravagants ;
Leur chapeau dont la grâce Pour toujours embarrasse, Avec son air malin, Vienne et Berlin ;
Leurs peignoirs de barège Et leurs jupes de neige Plus blanches que les lys D'Amarillys ;
Leurs épaules glacées, Leurs bottines lacées Et leurs jupons tremblants Sur leurs bas blancs !
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Chantons leur courtoisie!
Car ni l'Andalousie, Ni Venise, les yeux Dans ses flots bleus,
Ni la belle Florence Où, dans sa transparence, L'Arno prend les reflets De cent palais,
Ni l'odorante Asie, Qui, dans sa fantaisie, Tient d'un doigt effilé Le narghilé,
Ni l'Allemagne blonde Qui, sur le bord de Tonde.
Ceint des vignes du Rhin Son front serein,
N'ont dans leurs rêveries Vu ces lèvres fleuries, Ces croupes de coursier, Ces bras d'acier,
Ces dents de b3te fauve, Ces bras faits pour l'alcôve, Ces grands ongles couleur De rose en fleur,
Et ces amours de race Qu'Anacréon, Horace Et Marot enchantés, Eussent chantés !
Janvier 1846.
$6 ODES FVNAMBVLESQJVES.
Premier Soleil.
Italie, Italie, ô terre où toutes choses Frissonnent de soleil, hormis tes méchants vins ! Paradis où l'on trouve avec des lauriers-roses Des sorbets à la neige et des ballets divins !
Terre où le doux langage est rempli de diphthongues ! Voici qu'on pense à toi, car voici venir mai, Et nous ne verrons plus les redingotes longues Où tout parfait dandy se tenait enfermé,
Sourire du printemps, je t'offre en holocauste Les manchons, les albums et le pesant castor. Hurrah ! gais postillons, que les chaises de poste Volent, en agitant une poussière d'or !
ODES FVNAMBVLES^VES, 4.7
Les lilas vont fleurir, et Ninon me querelle, Et ce matin j'ai vu mademoiselle Ozy Près des Panoramas déployer son ombrelle : C'est que le triste hiver est bien mort, songez-y!
Voici dans le gazon les corolles ouvertes, Le parfum de la sève embaumera les soirs, Et devant les cafés, des rangs de tables vertes Ont par enchantement poussé sur les trottoirs.
Adieu donc, nuits en flamme où le bal s'extasie! Adieu, concerts, scotishs, glaces à l'ananas ; Fleurissez maintenant, fleurs de la fantaisie, Sur la toile imprimée et sur le jaconas !
Et vous, pour qui naîtra la saison des perverches, Rendez à ces zéphyrs que voilà revenus, Les légers mantelets avec les robes blanches, Et dans un mois d'ici vous sortirez bras nus!
Bientôt, sous les forêts qu'argentera la lune, S'envolera gaîment la nouvelle chanson ; Nous y verrons courir la rousse avec la brune, Et Musette et Nichette avec Mimi Pinson !
ODES FVN AMB VLE3QV ES.
Bientôt tu t'enfuiras, ange Mélancolie,
Et dans le Bas-Meudon les bosquets seront verts,
Débouchez de ce vin que j'aime à la folie,
Et donnez-moi Ronsard, je veux lire des vers.
Par ces premiers beaux jours la campagne est en fête Ainsi qu'une épousée, et Paris est charmant. Chantez, petits oiseaux du ciel, et toi, poète, Parle ! nous t'écoutons avec ravissement.
C'est le temps où l'on mène une jeune maîtresse Cueillir la violette avec ses petits doigts, Et toute créature a le cœur plein d'ivresse, Excepté les pervers et les marchands de bois !
Avril 1854,
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La Voyageuse.
Masques et visages...
Gavarni.
A CAROLINE LETESSIER
Au temps des pastels de Latour, Quand l'enfant-dieu régnait au monde Par la grâce de Pompadour, Au temps des beautés sans seconde ;
<0 ODES FVN AMBVLKSQVES.
Au temps féerique où, sans mouchoir, Sur les lys que Lancret dessine Le collier de taffetas noir Lutte avec la mouche assassine ;
Au temps où la Nymphe du vin Sourit sous la peau de panthère.
Au temps où Wateau le divin Frète sa barque pour Cythère;
En ce temps fait pour les jupons, Les plumes, les rubans, les ganses.
Les falbalas et les pompons ; En ce beau temps des élégances.
Enfant blanche comme le lait, Beauté mignarde, fleur exquise, Vous aviez tout ce qu'il fallait Pour être danseuse ou marquise.
Ces bras purs et ce petit corps, Noyés dans un frou-frou d'étoffes, Eussent damné par leurs accords Les abbés et les philosophes.
ODES FVNAMBVIESQ^VES, $1
Vous eussiez aimé ces bichons Noirs et feu, de race irlandaise, Que Ton porte dans les manchons Et que Ton peigne et que l'on baise.
La neige au sein, la rose aux doigts, Boucher vous eût peinte en Diane Montrant sa cuisse au fond du bois Et pliant comme une liane,
Et Clodion eût fait de vous Une provocante faunesse Laissant mûrir au soleil roux Les fruits pourprés de sa jeunesse î
Car sur les lèvres vous avez La malicieuse ambroisie De tous ces paradis rêvés Au siècle de la fantaisie,
Et, nonchalante Dalila, Vous plaisez par la morbidesse D'une nymphe de ce temps-là, Moitié nonne et moitié déesse.
$2 ODES FVNAMBVLESQ^VES.
Vos cheveux aux bandeaux ondes Récitent de leur onde noire Des madrigaux dévergondés A votre visage d'ivoire,
Et, ravis de ce front si beau, Comme de vertes demoiselles, Tous les enfants porte-flambeau Vous suivent en battant des ailes.
Tous ces petits culs-nus d'Amours.
Groupés sur vos pas, Caroline, Ont soin d'embellir vos atours Et d'enfler votre crinoline.
Et l'essaim des Jeux et des Ris, Doux vol qui folâtre et se joue, Niche sous la poudre de riz Dans les roses de votre joue.
Vos sourcils touffus, noxs, épais, Ont des courbes délicieuses Qui nous font songer à la paix Sous les forêts silencieuses,
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Et les écharpes de vos cils Semblent avoir volé leurs franges A la terre des alguazils, Des manolas et des oranges.
ÏI
Au fait, vous avez donc été, Loin de nos boulevards moroses, Pendant tout ce dernier été, Sous les buissons de lauriers-ros2s?
Le fier soleil du Portugal Vous tendait sa lèvre obstinée Et faisait son meilleur régal Avec votre peau satinée.
Mais vous, tordant sur l'éventail Vos petits doigts aux blancheurs mates.
Vous découpiez Scribe en détail Pour les rois et les diplomates;
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Et, digne d'un art sans rivaux, Pour charmer les chancelleries, Vous avez traduit Marivaux En mignonnes espiègleries.
C'est au mieux ! L'astre des deux clairs Qui fait grandir le sycomore Vous a donné des jolis airs De Bohémienne et de More.
Vous avez pris, toujours riant, Dans cet éternel jeu de barres, La volupté de l'Orient Et le goût des bijoux barbares,
Et vous rapportez à Paris, Ville de toutes les décences, Les molles grâces des houris Ivres de parfums et d'essences.
C'est bien encor! même à Turin Menez Clairville, puisqu'on daigne Nous demander un tambourin Là-bas, chez le roi de Sardaigne.
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Mais pourtant ne nous laissez pas Nous consumer dans les attentes!
Arrêtez une fois vos pas Chez nous, et plantez-y vos tentes.
Tout franc, pourquoi mettre aux abois Cet Eden, où le lion dîne Chaque jour de la biche au bois Et soupe de la musardine?
Valets de cœur et de carreau
Et boyards aux fourrures d'ourses;
Loin de vous, sachez-le, Caro,
Tout s'ennuie, au bal comme aux courses.
Vous nous disputez les rayons Avec des haines enfantines, Et jamais plus nous ne voyons Que les talons de vos bottines.
Songez-y ! Vous cherchez pourquoi Ma muse, qui n'est pas méchante; M'ordonne de me tenir coi Et ne veut plus que je vous chante?
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C'est que vos regards inhumains Ont partout des intelligences, Et tout le long des grands chemins Vont arrêter les diligences.
Février 185S.