ODE I
He, quelles louanges égales A ton mérite souverain 3 Te rendroient tes Gaules loyales, Fust par mémorables annales, Ou par vives lettres d'airain!
6 O Prince le plus redoutable De tous les Princes ordonnez Pour régir les sceptres donnsz 9 A nostre partie habitable!
N'est-ce pas toy qui nous rapportes La paix, et qui de toutes pars 12 As verrouillé de tes mains fortes Le temple béant par cent portes Où forcenoit l'horrible Mars?
15 Par toy jusqu'aux Indes se rue La navire franche de peur, Par toy d'un paisible labeur 18 Le bœuf fume sous la charue.
Par toy, l'Abondance ayant pleine Sa riche corne jusqu'aux bors, 21 A doré la Françoise plane:
Par toy la plus légère peine BibL rom 203/204. !•
16 P. de Ronsard. [168.— I
Suit les péchez de pieds non tors :
24 Par toy, par l'horreur de ta destre
La France voit ses estandars,
Jadis trahis par noz soudars, 27 Toy n'estant point encor leur maistre. Mais ores que tu l'es, qui est-ce
Qui pallira craignant l'Anglois, 30 Ou l'Espagnole hardiesse,
La Flandre, ou la blonde jeunesse
Du Rhin, indocile à noz lois?
33 Puis que ton ordonnance sainte,
Qui droictement nous veut guider,
Par la justice a sceu brider 36 Les tiens d'une juste contrainte, Tes piétons, ta gendarmerie,
Qui violoient au-paravant 39 Les saints droits de l'hostelerie,
Riblant les biens par pillerie
Comme un blé moissonné du vent:
42 Si bien que tes terres sujettes
N'enduroient moins d'affliction,
Que la rebelle nation 45 Où les feux ennemis tu jettes?
Mais or' ta loy, mais un tonnerre.
Les effroye plus estonnez 48 Que lors qu'un camp Anglois les serre,
Ou quand au milieu de la guerre
César les presse environnez:
51 Si qu'humble tu fais apparoist:e
Une si grande légion,
Comme gens de religion 54 Qui vont muets dedans un cloistre.
Le velours trop commun en France
Sous toy reprend son vieil honneur, 57 Tellement que ta remonstrance
Nous a fait voir la differance
Du valet et de son seigneur,