ODE
Homère, il suffisoit assez D'avoir en Grèce aux temps passez
3 Fait combatre pour toi sept villes, Sans qu'ores nos Gaules fertilles Pour se vanter de ton berceau
6 Refissent un combat nouveau.
En toi Jupiter transformé Composa l'ouvrage estimé 9 De l'Iliade et l'Odyssée, Et tu as ton ame passée En IAMYN pour interpréter 12 Les vers qu'en toi fit Jupiter.
C'est afin qu'en lieu de Grégeois Tu fusses appelle François,
15 Et qu'on revist la mesme noise Pour toi en la terre Gauloise, Qu'en Grèce en sept villes tu fis
18 Qui toutes t'avouent leur fils.
Tous deux en un corps n'estes qu'un, Le Ciel vous est père commun,
21 Vous n'estes ouvrage de terre, La Terre qui la Mer enserre Aux membres grossiers et pesans,
24 N'engendre point de tels enfans.
Ou si la Terre vous conçeut
Fut sur Parnasse, qui reçeut 27 Le part au giron de ses Muses:
Alettant des liqueurs infuses
Du Nectar, vos membres petis 30 Entre les Roses et les Lis.
126 P. de Ronsard. [220
Mais la Terre ne peut avoir Cet honneur de vous concevoir,
33 Nature de gros germe pleine Vous parturit à toute peine, Depuis, vous aimant par sus tous,
36 N'a daigné faire autre que vous.
Toute en vous deux elle se voit, Ce qu'aux autres elle devoit
39 Elle l'a mis d'un soin de mère En son Jamyn, en son Homère, Vous faisant comme deux Soleils
42 Patrons des Muses sans pareils.
Mille Romains pour haut voler
Ont voulu ton vol égaler 45 Mais pour néant, car l'artifice
Au prix de la nature est vice,
Restant à la postérité 48 Adorable et non imité.
Heureux le brazier d'Ilion
Heureuse Troye: un milion 51 De villes riches et peuplées
Voudroient ainsi estre bruslees,
Prenans à plaisir et à jeu 54 Qu'Homère y eust jette le feu.
La riche pompe de tes vers Ressemble à des joïaux divers,
57 Diamans, Rubis, Chrysolites, Où toutes clartez sont eslites, Luisantes comme Astres des Cieux,
60 Aussi tu es Poète des Dieux.
Le plus admirable de toi Et le plus divin c'est de quoi 63 Tu as poussé toutes les guerres De Grèce aux estrangeres terres,
221] V. Livre des Odes (Supplément). 127
Et n'as souffert qu'un Argien 66 Fust meurdrier d'un Achaien.
Mais en faisant outre la mer
Contre Ilion la Grèce armer 69 Tu as des Barbares Provinces
Orné la gloire de tes Princes,
Eslevant d'un superbe front 72 Leurs victoires sur l'Hellespont.
Où, las! je ne sçaurois mon nom
Honorer aujourd'hui sinon 75 Qu'en chantant les guerres civiles
Et le feu qui brusle noz viles.
Dieux qui présidez aux dangers 78 Portez ce mal aux estrangers.
Et faites que nostre bon Roi Et nostre bonne antique Loi
81 Tousjours immuables demeurent, Que les guerres civiles meurent, Et qu'en la France pour jamais
84 Florisse une éternelle paix.
[221] (Texte de iôij)
J'oste Grevin de mes escris, Pour ce qu'il fut si malappris, Afin de plaire au calvinisme 4 (Je vouloy dire à l'atheïsme), D'injurier par ses brocards Mon nom, cogneu de toutes parts, Et dont il faisoit tant d'estime 8 Par son discours et par sa rime.
Les ingrats je ne puis aimer, Et toy, que je veux bien nommer, Beau Chrestien, qui fais l'habile homme, 12 Pour te prendre au pape de Rome
128 P. de Ronsard. [22
Et à toute l'antiquité,
Cesse ton langage effronté,
Sans blasmer, en blasmant l'Eglise
16 Que le bon Jésus auctorise,
Ceux qui t'aymoient, et plus cent fois Vrayment que tu ne meritois.
Vous n'avez les testes bien faites:
20 Vous estes deux nouveaux poètes.
Taisez-vous, ou comme il faudra Mon cuisinier vous respondra, Car de vous présenter mon page,
24 Ce vous seroit trop d'avantage.
Nous ne saurions mieux terminer qu'en reproduisant la no que Nicolas Buon mit en tête des Œuvres de Ronsard, en iôi à trois siècles d'intervalle, elle n'a rien perdu de son exa titude et nous la contresignons très volontiers. H. V
L'Imprimeur au Lecteur Salut.
«Les Œuvres de Ronsard (Amy Lecteur) sont une m si féconde de merveilles, que tous les beaux esprits q chaque jour s'y mirent l'admirent sans cesse et la pi sant ne la peuvent épuiser. C'est pourquoy, curieux l'honneur de Ronsard, et en luy de la gloire des lettn désireux de profiter au public, et servir à la richesse nostre langue, je renouvelle . . . ces ouvrages si dign< et les remets . . . aux yeux de la renaissante posterii 11 leur arrive comme au fer qui plus passe par l'usa et plus se rend luisant, ou comme à l'or qui plus pas par les mains et plus il se rend beau, ou plustost comn au Soleil, qui plus monte depuis son Orient tirant s son Mic'y, et plus il se rend clair et chaleureux, ceste dernière édition, j'ay ramassé d'autres pièces que l'Autheur avoit retranchées .... desquelles j'« faict un Recueil que j'ay remis et inséré à la fin> < clique livre «pour contenter les curieux. >
Ce 7) QOOK
The L