‹ Odes (volume 2)Chapitre 9 sur 50 · ODE VII · texte numérisé non relu

ODE VII

Phœbus, soit que tu sois Pasteur parmy les bois 3 Ou sur les bords d'Amphrise, O Prince, escoute moy, Vien-t'en guarir mon Roy, 6 Qui seul te favorise.

Apporte à ceste fois Le Dictamon Cretois 9 Aveq' la Panacée,

Herbes qui font aux corps Des hommes qui sont morts 12 R'entrer l'ame passée.

Un sujet au trespas Guarir ne le doit pas:

15 ^Présomption est vice.

Vien donques en ce lieu, C'est la raison qu'un Dieu 18 Un autre Dieu guarisse.

Un petit Prince il n'est D'une estroite forest, 21 D'un port ou d'une ville, Mais d'un pays guerrier Des meilleurs le premier 24 En richesse fertille.

Deux mers et mille ports,

Villes, citez et forts 21 Pleins de trafique estrange,

Mille fleuves de nom

Ne vont bruyant sinon 30 L'honneur de sa louange.

Vien, Prince aux beaux cheveux,

Guarir son mal fiévreux, 33 Que sain on le remette:

Tu l'aimeras cent fois

Plus fort, si tu le vois, 36 Que tu ne feis Admete.

Par luy tu te soustiens, C'est le support des tiens:

39 Son esprit il applique A tes mestiers divers:

Il honore les vers,

42 II chérit la Musique:

Ou je diray, Phœbus,

Que tu n'es qu'un abus, 45 Et que Junon severe

Se vangeoit à propos

De ne donner repos 48 A Latone ta mère.

Je te diray Maçon

Un berger, un garçon, 51 Qui fis paistre les vaches:

Craignant d'estre envoyé

Aux enfers foudroyé, 54 Qu'icy bas tu te caches :

Qu'Hyacinthe tuas,

Quand le pal luy ruas 57 D'art, et non d'aventure:

Que tes bœufs justement

Te furent finement 60 Desrobez par Mercure:

52 P. de Ronsard. [174. — VII

Que Mercure vaut mieux

Que toy entre les Dieux, 63 Pour jouer de la lyre;

Mercenaire valet

Qui sçais un flageolet 66 Seulement faire bruire.

Mais si tu viens icy

Soulager le soucy 69 De ses membres malades,

D'Ache couvert le chef,

Je feray derechef 72 Tes festes Carneades.

Je diray que tu es

Second des immortels, 75 Et du ciel l'interprète,

Du Laurier inventeur,

Prophète non menteur, 78 Grand chantre et grand Poëte:

Et qu'en jeune menton

Tu feis crever Pithon 81 Par ta flèche première,

Et que tu feis cacher

Niobe en un rocher, 84 Vengeance de ta mère.

Je diray tes amours:

Que tu parois tousjours, 87 Sans barbe ny vieillesse.

O des Mires1 le Roy!

A Bacchus et à toy 90 Sert le don de jeunesse.

Quitte-moy ton Delphos,

Ta Cyrrhe, ta Delos 93 Des flots marins suivie:

Et vien Astre luisant,

La santé conduisant, 96 Nourrice de la vie.

1 Note en marge «Mires, Médecins, vieil mot François.»

VU. — 1741 V; Livre des Odes. 53

Sans toy douce Santé, La force et la beauté 99 Sont manques de puissance.

Ny Empire ny bien A l'homme ne sert rien 102 Sans ta douce présence.

La Jeunesse te suit,

Le Plaisir, le Déduit 105 Dessous ton ombre vivent:

Tournois, joustes, chevaux,

Dames, chiens, et oiseaux 108 Pour maistresse te suivent.

Par toy se fait l'amour,

Et le vin tout le jour 1 1 1 Par toy fume en la tasse :

Par toy le long festin

Du soir jusqu'au matin 114 Couvre la table grasse.

0 Santé chasse-mal,

Par toy se fait d'un bal 117 La gaillarde entreprise,

Où te roulant parmy

Tu n'as point d'ennemy 120 Qu'une moustache grise.

Tout ainsi que l'esclair

Du Soleil prompt et clair 123 Passe par la verrière,

Passe dedans son corps:

A ses membres peu forts 126 Rens la vigueur première.

Descens donc de là haut:

C'est à ce jour qu'il faut 129 Que sain tu nous le rendes:

La France t'en lou'ra,

Et chacun te vou'ra 132 Prières et offrandes.

54 P. de Ronsard. [175 —VIII.

AU ROY CHARLES, luy donnant un Léon Hebrieu.

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