‹ Odes (volume 3)Chapitre 12 sur 27 · ODE V · texte numérisé non relu

ODE V

Stro. 1.

Quand tu n'aurois autre grâce Ny autre présent des cieux,

Que d'estre né de la race

De tant de Rois tes ayeux, 5 J'aurois encor trop de lieux

Pour te bastir une gloire.

Car si je veux raconter

De ton grand Buillon l'histoire,

Qui peust les Turcs surmonter 10 Far une heureuse victoire:

Ou la fameuse mémoire

De ses frères, ou les Rois

Tes ayeux, dont la Sicile

A leur obeyr docile 15 Escouta les sainctes lois:

Antistro.

Leur nom qui le temps surmont .

Te feroit seul immortel:

Mais ta vertueuse honte

Rougiroit d'un honneur tel.

20 Je te veux faire un autel,

Où maugré l'an qui tout mange.

Ton propre loz je peindray

D'une encre qui ne se change :

Et là ce vœu je pendray, 25 Qui au pèlerin estrange

Racontera ta louange,

Et la vertu qui reluit

Par les ans de ta jeunesse,

Comme l'or sur la richesse, 30 Ou la Lune par la nuit.

Epode.

Tout l'honneur qui seul en France Du sein des Dieux s'escoula, Pour illustrer ton enfance 34 Dessus ton front s'en-vola, Et depuis s'est planté là.

42 P- d« Ronsard. [6

Doriques Prélat de bon heur, Qui tiens !e sommet d'honneur,

38 En qui nostre Roy contemple Des vertus le vray exemple, Sois content d'un si grand bien, Et ne souhaite plus rien.

42 Car toy qui ta vie arroses Du miel des heureuses choses.

D'avantage à qui je donne Ceste Hymne que je moissonne

46 Des Charités au milieu, Cesse de plus rien attendre, Et ne vueilles point apprendre

49 A te faire un nouveau Dieu.

LA VICTOIRE DE FRANÇOIS de Bourbon, Comte d'Anguien, à Cerizoles.

Ode VI.

Stro. 1.

L'hymne qu'après tes combas Marot fist de ta victoire, Prince heureux, n'égala pas 4 Les mérites de ta gloire:

Je confesse bien qu'à l'heure Sa plume estoit la meilleure Pour deseigner simplement 8 Les premiers traits seulement.

Or moy nay d'un meilleur âge, Et plus que luy studieux, Je veux parfaire l'ouvrage 12 D'un art plus laborieux.

Antistro.

Moy donc qui tiens dans le poing L'arc des Muses bien peignées,

Je ru'ray l'honneur plus loing 16 De tes victoires gaignées,

Et jusqu'aux pays estranges

Je darderay tes louanges,

Tes coups de masse, et l'horreur 20 De ta vaillante fureur

Qui tonnoit en ton jeune âge,

Moissonnant les ennemis

Que le Martial orage 24 Devant ta foudre avoit mis.

Epode.

Voy voler mon dard estrange

Par la Muse emmiellé,

Et de ta couronne ailé

Qui vient frapper ta louange.

29 Ores il ne faut pas dire

Un bas ton dessus ma lyre:

Mais bien noz meilleurs fredons,

Haut célébrant par ceste Ode

Dite à la Thebaine mode 34 François, l'honneur des Bourbons,

Stro. 2.

Qui dés la jeune saison

Que la jouvence dorée

Frise la crespe toison 38 Sur la joue colorée,

Par la poincte de sa lance

Resveilla l'honneur de France,

Lors que mattant la vertu 42 Du vieil Marquis combatu.

Trancha les peuples d'Espagne

L'un desur l'autre ruez,

Pavant toute la campagne 46 D'hommes blessez ou tuez.

44 P. de Ronsard.

Antistro.

Comme un affamé lion Qui de soif la gorge a cuite, Tout seul donte un million

50 De cerfs légers à la fuite:

Ores rouant sa grand' masE-, Et ores sa coutelace, Emmena pour son butin

54 L'Allemant fier et mutin, Et ardant de la victoire, Luy grava dessus le doz En lettres rouges la gloire

58 De la France et de son loz.

Epode.

>. Jamais la Muse ne soufre Qu'un silence sommeillant « En ses ténèbres engoufre

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