‹ Odes (volume 3)Chapitre 9 sur 27 · ODE I · texte numérisé non relu

ODE I

Strophe 1.

» Toute royauté qui desdaigne

i D'avoir la vertu pour compaigne,

3 »Et la loger en sa maison, ^Tousjours de l'heur outrecuidée » Court vague sans estre guidée

6 »Du frein qui pend à la raison.

O Roy par destin ordonné Pour commander seul à la France,

9 Dieu de sa grâce t'a donné

Ce double honneur dés ton enfance:

Dieu seul (après la longue horreur 12 De Mars vomissant sa fureur, Et l'apre venin de sa rage Sur ton pays noircy d'orage) 15 Par l'effort d'un bras souverain A fait ravaller ia tempeste, Et ardre à l'entour de ta teste 18 Un air plus tranquille et serain.

Antistro.

»Tousjours le bon esprit du sage rAccroist les vertus d'avantage 21 ?Que jeune il emprunta des cieux.

Ta majesté jeune et prudente

Au double les siennes augmente 24 D'un artifice ingénieux:

Aussi mille félicitez

Ont bien-heure toute ta race, 27 Et toy ROY de tant de citez

Qui se courbent devant ta face,

Dés long temps tu fus honoré 30 Comme seul Prince décoré

De biens et de vertus ensemble

Que le destin en un t'assemble.

33 Mais ce bien qu'ores tu nous fais,

Te donne l'honneur en partage,

Pour avoir fait reverdir l'âge 36 Où florissoit l'antique Paix.

Epode.

La Paix osta le débat

Du Chaos, quand la première 39 Assoupit le lourd combat

Qui aveugloit la lumière.

Elle seule osa tenter 42 D'effondrer le ventre large

Du grand Tout, pour enfanter

L'obscur fardeau de sa charge:

45 Puis desmembrant l'univers

En quatre quartiers divers,

Sa main artizane et sainte 48 Les lia de doux d'aimant.

Tous les quatre s'entre-aimant 50 D'une paisible contrainte.

Stro. 2.

Adonc meslant en ce grand monde Sa douce force vagabonde, 53 Les asseura d'un doux repos:

Elle fist bas tomber la terre, Et tournoyer l'eau qui la serre 56 De ses bras vagues et dispos:

Bibl. rom. 188/199. 2

18 P. de Ronsard. [1

Du Soleil allongea les yeux

En forme de flèches volantes, 59 Et d'ordre fist baler aux cieux

L'ordre des estoilles roulantes:

Elle courba le large tour 62 De l'air qui cerne tout autour

Le rond du grand parc où nous sommes,

Peuplant sa grande rondeur d'hommes 65 D'un mutuel accroissement:

Car par tout où voloit la belle,

Les Amours voloient avec elle, 68 Chatouillans les cœurs doucement,

Antistro.

Lors pour sa juste recompense

Le saint Monarque qui dispense 71 Tout en tous (dont le grave front

En se clinant pour faire sine,

Croulle la terre et la racine 74 Du firmament jusques au fond)

A la Paix assigna le lieu

Du droict costé de sa puissance:

77 Le gauche ordonna pour le Dieu

Que le sang nourrist dés enfance.

De l'une les Princes il oingt, 80 De l'autre durement les poingt,

Tous effroyez d'ouyr les armes

Craquer sus le doz des gendarmes:

83 De 1 l'une jadis honora

Les bons Pères du premier âge,

Et de l'autre il aigrit la rage 86 Contre Ilion, que dévora

Epode.

Le feu Grec, quand mille naufs, Ainçois mille estranges foudres 89 Esclaterent mille maux

Dessus les Troyennes poudres.

Tandis que le feu tournoit 92 Forcenant parmy la ville,

Et que l'Argive s'ornoil

De la despouille servile, 95 Une aspre fureur d'esprit

Le cœur de Cassandre esprit:

Et comme Phoebus l'affole 98 Son corps tremblant ça et là,

A Francus elle parla, 100 Qui n'entendoit sa parole.

Stro. 3.

Bien que le feu Grégeois nous arde,

Tant soit violent, il n'a g'arde 103 D'estoufer pourtant ton renom,

Enfant dont la race fatale

Dedans la terre Occidentale 106 Fera re-germer nostre nom.

Desja la Dunouë t'attend

Sur le bord de sa rive humide.

109 Et ce grand marest qui s'entend

Près des lèvres de l'eau Fontide:

C'est là, c'est là, c'est où tu dois 112 Pour quelque temps donner tes lois:

C'est où l'arrest des Dieux t'ottroyc;

Fonder encore une autre Troye, 115 Resuscitant par ton moyen

L'honneur des tiens, et leur proesse,

Ayant vangé dessus la Grèce 118 L'outrage fait au sang Troyen.

Antistro.

Apres le cours de quelque année, L'ire de Cercs forcenée 121 Pour dévot n'avoir satisfait A ses honneurs, toute mutine Te contraindra par la famine

20 P. de Ronsard. [1

124 De quitter ton mur imparfait.

Horriblant ton corps de la peau

D'un tigre, desja ce me semble 127 Je te voy guider un troupeau

De vingt mille Troyens ensemble:

Je voy ce troupeau pèlerin 130 Desja bien loin outre le Rhin

Enrichir Troye de louanges

Et du butin des Rois estranges, 133 Ayant trompé mille péris,

Ains que bastir aux bords de Seine

Les murs d'une ville hautaine 136 Du nom de mon frère Paris.

Epode.

Ja desja j'entens la vois

De Seine qui te désire, 139 Et la desfaite des Rois

Esclaves de ton Empire:

J'entens le bruit des chevaux 142 Et le cliquetis des armes,

Et toy noble de travaux

Commander à tes gendarmes.

145 Ores tu ne puis sçavoir

Comme enfant, ny concevoir

Ton heur que je prophétise:

148 Quand l'âge t'animera,

Alors ton bras s'armera 150 Pour achever l'entreprise.

Stro. 4 A-tant acheva la Prestresse, Et folle du Dieu qui luy presse 153 L'estomac chagrin et félon, En rechignant s'en est allée Nuds pieds et toute eschevelée 156 Dessous l'image d'Apollon.

Texte de 1552 supprimé en 1578. 21

[Les vers 157 — 186 sont remplacés en 1552 par les suivants]

Alors Francion attiré

Des sainctes Fureurs de Cassandre, 159 b Riche d'or s'est ennaviré

Laissant Troye blanchir en cendre.

Forcé de la rage des vens 162 b // court la mer par neuf ans,

Tant Junon brusloit irritée

De veoir Troye resuscitée, 1 65 b A chef de temps il arriva

Aux rives d'Epire, où sa mère

Apres sa servitude amere, 1 68 b Royne entre les Grecs il trouva.

Ant.

Si tost que sa nef fut ancrée,

Il saulte au front de la contrée, 171 b Et marchant plus avant encor,

Il veit Andromache pleurante,

Troys foys en paz tristes errante 174 b Cerner le vain tumbeau d'Hector:

Par sacrifice elle appelloit

L'idole de Came Hectorée, 1 77 b Répandant du laid qui couloit,

Du fond de sa couppe dorée

Mais quand son filz elle entrevit, 180 b Une pamoizon luy ravit

La voix, et la bègue parolle,

Baignant de pleurs sa face molle; 183 b A la fin serenant ses yeulx,

Pendue à son col, elle s'efforce

De V ar rester par doulce force 186 b Violentant le veil des Cieulx.

Epo.

Lors la tunibe en deux s'ouvrit.

Et V obscur de ses crevaces,

22 Texte de 1552 supprimé en 1578. \\

189 b Hors des enfers descowrit

Une ombre de quinze brasses.

le sanç> irniii nui vint tnurhûr

Le sang froid qui vint toucher 192 b Leurs cuœurs détenus eu serre,

Tcut aplat les fit bruncher

Dessus lestrangiete terre.

195 b Une voix s'ouït par l'air

Dont le horrible parler

Rechanta la destinée 198 b Qui fa desfa les hastoit,

D'autant qu'au ciel elle estoit 200 b Par arrest déterminée.

Stro. 5.

Enfant (dit eV) donne toy garde

Que ta mère ne te retarde, 203 b Ny tes labeurs tant soient ils durs,

Aï ai s fuy ces champs, mais fuy ces rives,

Affin mon filz que tu ne prives 206 b Les tiens de leurs honneurs futurs.

Je voy desfa fleurir ton los

En ce pais, où la Dunouë 209 b T rai ne en la mer ses derniers flos.

Et par les champs où Seine noue.

Sur l'une tu dois maçonner 212 b Une autre Troye, et luy donner

Le nom de Sicambre, où ta race

Usera quelque temps d'espace:

215 b Mais sur l'autre, non seulement

Mille ans borneront sa demeure.

Car le Ciel veult qu'elle y demeure, 218 b Et demeure éternellement.

Ant.

Apres que par le vueil céleste La palle famine et la peste 221 b Auront tes souldardz esclerciz,

1] Texte de 1552 supprimé en 1578. 23

Eux quittans la ville malade

Scubz toy faictz nouvelle peuplade, 224 b Peupleront des champs mieux assiz.

Ton bras adonques poussera

Si courageusement tes bandes, 22 7 b Qu'à coups d'espée il froissera

Les Roy s des terres Alemandes:

Et comme un guide diligent, 230 b Bien plus loing conduiras ta gent

Oultre le Rhin, tant qu'elle arrive

De Seine à la fertile rive, 233 b Dans la Gauloise nation,

Et là sera leur demourance,

Changeant le nom de Gaule à France, 236 b Pour l'honneur de toy Brandon.

Epo.

Si le ciel m'a faict bien seur

Des parolleï qu'il m'inspire, 239 b Tu auras pour successeur

Maint nepveu digne d'empire:

Mains Roys de toy sortiront, 242 b Dont les vertus manifestes

Parmy les Princes luiront

Comme des lampes célestes.

245 b Entre eux un Henr y je vcy

Des meilleurs le meilleur Roy,

Qui finira sa conque s', e 248 b Es deux bords, où le Scleil

S'endort et fait son réveil, 250 b Panchant et dressant sa teste.

Sirop. 6.

France par luy victorieuse.

Ne sera point tant glorieuse 253 b De son Clcvis, ny de Martel,

Ny de son Charlemaigne encore.

24 Texte de 1552 supprimé en t$-j8. \\

Comme je voy qu'elle s'honnore 256 b Dans les vertuz d'un Prince tel.

Cest ce HENRY qui bâtira

Les Pergames de nostre ville, 259 b Laquelle plus ne sentira

Le fer meurtrier d'un autre Achille.

Aussi le destin ne veult pas 262 b Que le Grec la repousse à bas,

Afftn que ta race éternelle

Eternellement vive en elle, 265 b Grosse d'empires et d'honneur,

Enfantant triumphes, et gloires,

Mille Lauriers, mille victoires 268 b Ayant tel Roy pour gouverneur.

Ant.

Ainsi dit l'ombre; et le tonnerre

Tumbant du costé gauche à terre 271 b Qui d'un long feu la tumbe éprit,

Elança troys flammes subites,

Ratifiant les choses dictes 274 b Et de Cassandre, et de V Esprit.

A donc Francion est on né,

Dedans son cv.œur pense et revire 277 b L' augure qui luy est donné,

Pour le haster en son navire:

Rebaisant sa mère souvent 280 b II courba les voiles au vent,

Tant et tant Vardeur l'importune

De voguer après sa fortune 283 b Pour le veil des Dieux esprouver.

Fuy donc Troyen, toy, et ta bande,

Si ton Nepveu me le commande 286 b firay bien tost pour te trouver.

Andromache qui remâcha Les mots de Cassandre esvolée

159 Son fils secrettement cacha

Sous une voûte reculée:

Car Junon qui ne vouloit plus 162 Que le nom Troyen revint sus,

Ardoit d'en abatre la race,

Et Francus tuer sur la place, 165 Sans Jupin qui Y enfant mua

En une semblance animée.

Que Pyrrhe de sa main armée

168 D'une tour à terre rua.

Antistro.

De faux sang la place fut teinte

Ainsi la fraude de la feinte 171 Le corps de Francion sauva.

En Buthrote, vivant sa mère,

Bastit le tombeau de son père, 174 Qu'entre les Grecs il esleva.

Son cuœur elle ouvrit d'un couteau,

Ayant sceu la fausse merveille, 177 Comme l'orage avoit sous l'eau

Noyé son fils près de Marseille.

De pleurs la tombe il honora, 180 Et de beaux jeux la décora,

Par joustes esprouvant l'adresse

De la Phrygienne jeunesse:

183 Puis faisant la vague escumer,

Invoquant Junon et Neptune,

Il alla chercher sa fortune 186 Au gré des vents et de la mer.

Epode.

Muse, repren l'aviron, Et racle la prochaine onde

169 Qui nous baigne à l'environ Sans estre ainsi vagabonde.

*Tousjours un propos desplaist

2b P. de Ronsard.

192 »Au/ oreilles attendantes, »Si plein, outre reigle, il est »De paroles abondantes.

195 >Celuy qui en peu de vers »Estraint un sujet divers, »Se met au chef la couronne:

198 »De ceste fleur que voici.

Et de celle et celle aussi

200 »La mousche son miel façonne.

Stro. 5.

Diversement, ô Paix he reuse, Tu es la garde vigoreuse

203 Des peuples et de leurs citez:

Des royaumes les clefs tu portes, Tu ouvres des villes les portes,

206 Serenant leurs adversitez.

Bien qu' un Prince voulust darder Les flots armez de son orage,

209 Et tu le viennes regarder, Ton œil appaise son courage.

L'effort de ta divinité

212 Commande à la nécessité

Ployant sous ton obeyssance:

Les hommes sentent ta puissance

215 Alléchez de ton doux repos:

De l'air la vagabonde troupe T'obeyst, et celle qui coupe

218 Du ventre le marbre des flots.

Antistro.

C'est toy qui dessus ton eschine Soustiens ferme ceste machine,

221 Medecinant chaque Elément

Quand une humeur par trop abonde Pour joindre les membres du monde

224 D'un contrepois également

Je te salue heureuse Paix,

Je te salue, et re-saluë:

227 Toy seule Déesse tu fais

Que la vie soit mieux voulue.

Ainsi que les champs tapissez 230 De pampre, ou d'espics hérissez

Désirent les filles des nues

Apres les chaleurs survenues.

233 Ainsi la France t'attendoit,

Douce nourricière des hommes.

Douce rosée qui consommes 236 La chaleur qui trop nous ardoit.

Epode.

Tu as esteint tout l'ennuy

Des guerres injureuses.

239 Faisant flamber aujourd'huy

Tes grâces victorieuses

En lieu du fer outrageux, 242 Des menaces et des fiâmes,

Tu nous ramenés les jeux,

Le bal, et l'amour des Dames, 245 Travaux mignars et plaisant

A l'ardeur des jeunes ans.

O grand Roy non-imitable, 248 Tu nous aumosnes cecy.

Ayant creu Montmorency, 250 Et son conseil véritable:

Stro. 6.

Qui seul mettant en évidence Les saints trésors de sa prudence, 253 Ne s'est jamais accompaigné Du sot enfant d'Epimethée, Mais de celuy de Promethée 256 Par longues ruses enseigné.

Et certes un tel serviteur Mérite que ta main royale

28 P- de Ronsard.

259 R'encontre-balance un grand'heur

A sa diligence loyale.

11 me plaist or' de descocher 262 Mes traits Thebains pour les lâcher,

Montmorency, dedans ta gloire,

Afin que je te face croire 265 Que la nourriture d'un Roy

De bien loin noz rimeurs surmonte.

Lors que hardie elle raconte 268 Un vaillant-sage comme toy.

Antistro.

»Nul n'est exempt de la Fortune:

»Sa roue chacun importune,

271 » Tourmente peuples et Seigneurs.

Oedipe sentit sa secousse, Et de quel tonnerre elle pousse

274 Les grands Princes de leurs honneurs. Mais tout ainsi que les flambeaux Ou du Soleil ou d'une estoile

277 Tout soudain reluisent plus beaux Apres qu'ils ont brisé leur voile:

Ainsi après ton long séjour

280 Tu nous esclaires d'un beau jour, Ayant cognu par ta présence, Combien nous nuisoit ton absence,

283 Privez de ton oeil qui sçait voir Les pieds boiteux de la malice, Si près œilladant la police,

286 Que rien ne le peut décevoir.

Epode.

»Et qu'est-ce que des mortels?

»Si au matin ils fleurissent, 289 »Le soir ils ne sont plus tels,

» Pareils aux champs qui fenissent.

Nul jamais ne s'est vanté

292 D'éviter la rive noire,

Si la Muse n'a chanté

Les hymnes de sa mémoire.

295 C'est à toy, Roy, d'honorer

Les vers, et les décorer

Des presens de ta hautesse:

298 Soufle ma nef, je seray

Le premier qui passeray 300 Mes compagnons de vistesse.

Stro. 7.

Plustost que les feux ne s'eslancent,

Quand au ciel les foudres nous tancent, 303 Je courray dire aux estrangers

Combien l'effort de ta main dextre

Maniant le fer, est adextre 306 A briser l'horreur des dangers;

Et de quel soin prudent et caut

Ton peuple justement tu guides. 309 Appris au mestier comme il faut

Luy lascher et serrer les brides.

Ta vieille jeunesse, et tes ans 312 En mille vertus reluisans

M'inspirent une voix hardie,

Et me commandent que je die 315 Ce règne heureux et fortuné,

Sous qui l'heureuse destinée

Avoit chanté dés mainte année 318 Qu'un si grand Prince seroit né,

Antistro.

Pour gouverner comme un bon pore La France heureusement prospère

321 Par les effects de sa vertu.

>Rien icy bas ne s'accompare i A l'équité, dont se repare

324 >Un Roy de prudence vestu:

30 P- de Ronsard. [1

-Aussi rien n'est tant vicieux

» Qu'un grand gouverneur de province, 327 >Quand il faut, d'autant que mille yeux

^Avisent la faute d'un Prince.

Ne preste l'oreille aux menteurs, 330 Et fuy de bien loin les flateurs,

S' ils veulent oindre tes oreilles

De fausses et vaines merveilles, 333 Fardans sous vaine authorité

Le vain abus de leurs vains songes,

Subtils artizans de mensonges, 336 Et bons pipeurs de vérité.

Epode.

L'un se ronge le cerveau,

L'autre mesdit et rapporte, 339 S'il sent qu'un esprit nouveau

Nouvelles chansons apporte.

Ce-pendant l'innocent fait 342 Preuve de sa patience,

Sçachant que Dieu tout parfait

(Dieu la mesme sapience) 345 Ne sçauroit jamais laisser

L'orgueil sans le rabaisser

Pour lever la chose basse.

348 »Ostant l'honneur d'un qui l'a,

*I1 le donne à cestuy-là 350 *Qui par raison se compassé.

Stro. 8.

Il faut qu'en me parant j'évite

L'escrime de leur langue viste 353 A tirer l'estoc dangereux:

Si est-ce que j'oy tousjours dire

-Qu'un homme engressé de mesdire 356 iMaigrist à la fin malheureux.

Ils n'ont point le japer si beau,

Que leur caquet te force à croire 259 Qu'un blanc habit orne un corbeau,

Ou bien que la neige soit noire:

Ton jugement cognoist assez 362 Les vers qui sont bien compassez,

Et ceux qui trainent une envie,

Et ceux qui languissent sans vie, 365 Enrouez, durs, et mal-plaisans.

»Par trait de temps les flateurs meurent:

ïMais les beaux vers tousjours demeurent 368 -Opiniasties sur les ans.

Antistro.

Prince, je t'envoye ceste Ode,

Trafiquant mes vers à la mode 371 Que le marchant baille son bien.

Troque pour troc/: toy qui es riche,

Toy, Roy des biens, ne sois point chiche 374 De changer ton présent au mien.

Ne te lasse point de donner,

Et tu verras comme j'accorde 377 L'honneur que je promets sonner,

Quand un présent dore ma corde.

Presque le loz de tes ayeux 380 Est pressé du temps envieux,

Pour n'avoir eu l'expérience

Des Muses, ne de leur science:

383 Mais le rond du grand univers

Est plein de la gloire éternelle,

Qui fait flamber ton père en elle 386 Pour avoir tant aimé les vers.

Epode.

Dieu vueille continuer Le sommet de ton Empire, 389 Et jamais ne le muer

Echangeant son mieux au pire.

32 P. de Ronsard. [2

Dieu vueille encor dessous toy 392 Donter l'Espagne affoiblie,

Gravant bien-avant ta loy

Dans le gras champ d'Italie.

395 Avienne aussi que ton fils

Survivant ton jour prefis

Borne aux Indes sa victoire, 398 Riche de gain et d'honneur:

Et que je sois le sonneur 400 De l'une et de l'autre gloire.

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