ODE XIII
Nymphe aux beaux yeux, qui souffles de ta bouche Une Arabie, à qui près en approuche, Pour desraciner mon esmoy 4 Cent mille baisers donne moy.
Donne les moy, ça que je les dévore : Tu fais la morte, il m'en faut bien encore : Redonne m'en deux miliers donc, 8 Et sur tous un qui soit plus long
Que n'est celuy des douces colombelles Prises au jeu de leurs amours nouvelles: Ainsi ma Maistresse, vivons 12 Tandis que le temps nous avons.
Incontinent nous mourrons, et Mercure Nous voilera d'une poussière obscure, Et guidera noz tristes pas 16 Au froid royaume de là bas,
Tenant au poing sa verge messagère, Crainte là bas de la troupe légère:
Si qu'aussi tost qu'aurons passé 20 Le lac neuf fois entrelassé,
Et que sur nous sa sentence imployable Aura jette le Juge inexorable, Ne parens, ne dévotions, 24 Ne rentes, ne possessions
Ne fléchiront la cruche ne l'audace Du nautonnier, si bien qu'il nous repasse: Du nautonnier, qui n'a souci 28 De pauvre, ne de riche aussi.
Donq ce-pendant que l'âge nous convie De nous esbatre, esgayon nostre vie:
Ne vois-tu le temps qui s'enfuit, 32 Et la vieillesse qui nous suit?