ODE XIIII
Source d'argent toute pleine, Dont le beau cours éternel Fuit pour enrichir la plaine 4 De mon pays paternel,
38 P. de Ronsard. [129. — XII II
Sois toute orgueilleuse et fiere De le baigner de ton eau, Nulle Françoise rivière 8 N'en peut laver un plus beau:
Que les Muses éternelles D'habiter n'ont desdaigné, Ne Phoebus qui dit par elles 12 L'art où je suis enseigné:
Qui dessus ta rive herbue Jadis fut en-amouré De la Nymphe chevelue, 16 La Nymphe au beau crin doré:
Et l'attrapa de vistesse Fuyant le long de tes bords, Et là ravit sa jeunesse 20 Au milieu de mille efforts:
Si qu'aujourd'huy d'elle encorcs Immortel est le renom Dedans un antre, qui ores 24 Se vante d'avoir son nom,
Fuy donq Source, et pren ces rozes Que je respan au giron De ton onde, qui arroses 28 Mon pays à l'environ.
Et te prie par mes Muses De tousjours l'avoir à cœur, Et que tousjours tu luy uses 32 Des faveurs de ta iiqueur:
Ne noyant ses pastourages D'eau par trop se respandant, Ne defraudant les ouvrages 36 Du laboureur attendant;
XV;— 130J IV. Livre des Odes. 39
Mais fay que ton onde utile Luy riant joyeusement, Innocente se distile 40 Par noz prez heureusement.
Ainsi du Dieu vénérable De la mer, puisses avoir Une acolade honorable, 44 Entré chez luy pour le voir.
LE RAVISSEMENT DE CEPHALE, divisé en trois poses.