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ODE XVI

Ma douce jouvance est passée, Ma première force est cassée, 3 J'ay la dent noire, et le chef blanc, Mes nerfs sont dissous, et mes veines, Tant j'ay le corps froid, ne sont pleines 6 Que d'une eau rousse en lieu de sang. Adieu ma lyre, adieu fillettes Jadis mes douces amourettes, 9 Adieu, je sens venir ma fin:

Nul passetemps de ma jeunesse Ne m'accompagne en la vieillesse, 12 Que le feu, le lict, et le vin.

J'ay la teste toute eslourdie De trop d'ans, et de maladie, 15 De tous costez le soin me mord:

Et soit que j'aille ou que je tarde, Tousjours après moy je regarde 18 Si je verray venir la Mort:

Qui doit, ce me semble, à toute heure Me mener là bas, où demeure

48 P. de Ronsard [132. — XVII

21 Je ne scay quel Pluton, qui tient Ouvert à tous venans un antre, Où bien facilement on entre,

24 Mais d'où jamais on ne revient.

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