‹ Odes (volume 4)Chapitre 21 sur 52 · ODE XX · texte numérisé non relu

ODE XX

Je n'ay pas les mains apprises Au mestier muot de ceux Qui font une image assise 4 Sur des piliers paresseux.

Ma peinture n'est pas mue1, Mais vive, et par l'univers Guindée en l'air se remue 8 Dessus l'engin de mes vers.

i Nctc en Marge «Mue, rnuete, vieil mot François

Aujourd'huy faut que j'aveignc Des Muses les traits pointus:

Urvoi m'a dit que je peigne 12 En ce tableau ses vertus.

Muses, ouvrez moy la porte De vostre cabinet saint, Afin que de là j'apporte 16 Les traits dont il sera peint.

Si ma boutique estoit riche De vaisseaux tous massifs d'or, Vers toy je ne serois chiche 20 Des plus beaux de mon trésor:

Et si te serois encore D'une main large baillant Le prix dont la Grèce honore 24 Le Capitaine vaillant.

Mais je n'ay telle puissance, Tu n'en as aussi besoin:

Ta contente suffisance 28 Les repousseroit bien loin.

Les vers sans plus t'esjouyssent, Mes vers donq je t'offriray:

Les vers seulement jouyssent 32 Du droit que je te diray.

Ny les poinctes eslevées, Ny les marbres imprimez En grosses lettres gravées, 36 Ny les cuivres animez

Ne font que les hommes vivent En images contrefaits, Comme les vers qui les suivent 40 Pour tesmoins de leurs beaux faits.

Si la plume d'un Poëte Ne favorisoit leur nom, La vertu seroit muete, 44 Et sans langue leur renom.

52 P. de Ronsard. [136. -XXI

Du grand Hector la mémoire Fust ja morte, si les vers N'eussent empané sa gloire 48 Voletant par l'univers.

De mille autres l'excellence Et l'honneur fust abatu:

Tousjours l'envieux silence 52 S'arme contre la vertu.

Les plumes doctes et rares Jusqu'au ciel ont envoyé Arraché des eaux avares 56 Achille presque noyé.

C'est la Muse qui engarde Les bons de ne mourir pas, Et qui noz talons retarde 60 Pour ne devaller là bas.

La Muse l'enfer desfie, Seule nous esleve aux cieux, Seule nous donne la vie, 64 Et nous met au rang des Dieux.

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