ODE XXX
T'oseroit bien quelque Poëte Nier des vers, douce Alouëte?
3 Quant à moy, je ne l'oserois:
64 P. de Ronsard. [145. - XXX
Je veux célébrer ton ramage Sur tous oiseaux qui sont en cage, 6 Et sur tous ceux qui sont es bo.s.
Qu'il te fait bon ouyrl à l'heure Que le bouvier les champs labeure 9 Quand la terre le Printemps sent, Qui plus de ta chanson est gay, Que courroucée de la playe 12 Du soc, qui l'estomac luy fend.
Si tost que tu es arrosée
Au po'nct du jour, de la rosée, 15 Tu fais en l'air mille discours:
En l'air des ailes tu frétilles.
Et pendue au ciel tu babilles.
18 Et contes aux vents tes amours.
Puis du ciel tu te laisses fondre
Sur un sillon verd, soit pour pondre, 21 Soit pour esclorre, ou pour couver,
Soit pour apporter la bêchée
A tes petits, ou d'une achée, 24 Ou d'une chenille, ou d'un ver.
Lors moy couché dessus l'herbette
D'une-part j'oy ta chansonnette:
27 De l'autre, sus du poliot,
A l'abry de quelque fougère
J'escoute la jeune bergère 30 Qui desgoise son lerelot.
Lors je dy. tu es bien-heureuse
Gentille Alouette amoureuse, 33 Qui n'as peur ny soucy de riens,
Qui jamais au cœur n'as sentie
Les desdains d'une fiere amie, 36 Ny le soin d'amasser des biens:
Ou si quelque soucy te touche,
C'est, lors que le Soleil se couche, 39 De dormir, et de resveiller
De tes chansons avec l'Aurore Et bergers et passans encore,
42 Pour les envoyer travailler.
Mais je vis tousjours en tristesse Pour les fiertez d'une maistresse
45 Qui paye ma foy de travaux, Et d'une plaisante mensonge, Mensonge, qui tousjours allonge
48 La longue trame de mes maux.