ODE V
Loir, dont le beau cours distille Au sein d'un pays si fertile, Fay bruire mon renom 4 D'un grand son en tes rives,
Qui se doivent voir vives Par l'honneur de mon nom.
Ainsi Thetis te puisse aimer 8 Plus que nul qui entre en la mer.
Si Calliope m'est prospère, Fameux comme Amphryse, j'espère Te faire un jour nombrer 12 Aux rangs des eaux qu'on prise,
Et que la Grèce apprise A daigné célébrer:
Pour estre le fleuve éternel 16 Qui baignes mon nie paternel.
26 P- de Ronsard. fl20.
Sus donq à haute voix resonne Le bruit que ma Muse te donne:
Tu voirras désormais 20 Par moy, ton onde fiere
S'enfler par ta rivière Qui ne mourra jamais:
>Le renom qui des Muses vient, 24 » Ferme contre l'âge se tient.
Loir, de qui la bonté ne cède Au Nil qui l'Egypte possède, Pour le loyer d'avoir 28 (Eternizant ta gloire
De durable mémoire) Fait si bien mon devoir:
Quand j'auray mon âge accomply 32 Ensevely d'un long oubly,
Si quelque pèlerin arrive Auprès de ta parlante rive, Dy luy à haute vois 36 Que ma Muse première
Apporta la lumière De Grèce en Vandomois, Dy luy ma race et mes ayeux, 40 Et le scavoir que j'eu des cieux.
Dy leur, que moy d'affaire vuide, Ayant tes filles pour ma guide, A tes bords j'encorday 44 Sur la lyre ces Odes,
Et aux Françoises modes Premier les accorday:
Et tousjours rechante ces vers 48 Qu'à ton bord je sonne à l'envers.
[121] A GUY PACATE.