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ODE VIII

Ma petite Nymphe Macée, Plus blanche qu'yvoire taillé, 3 Plus blanche que neige amassée, Plus blanche que du laict caillé, Ton beau teint resemble les lis 6 Avecque les roses cueillis.

Ton beau chef à mes yeux descœuvre, Où le ciel des beautez donneur, 9 Employa sa peine et son oeuvre, Curieux de luy faire honneur:

Descœuvre ton beau front aussi, 12 Heureux object de mon souci.

Plus belle que Venus tu marches :

Tes yeux sont parfaitement beaux, 15 Qui flambent sous deux noires arches, Comme deux célestes flambeaux, D'où le brandon fut allumé, 18 Qui tout le cœur m'a consumé.

Ce fut ton œil douce mignonne, Qui dans son regard escarté, 21 Les miens encores emprisonne

2] II. Livre des Odes. 31

Peu soucieux de liberté,

Et qui me desroba le cœur 24 Pour m'honorer d'une langueur.

Te voyant des belles la belle,

Tu me suces l'ame et le sang:

27 Monstre moy ta rose nouvelle,

Je dy, mignarde, ton sein blanc,

Et tes deux rondelets tétons 30 Qui s'enflent comme deux boutons.

Lasl puis que ta beauté meurtrie! e

Ne me daigne faire mercy, 33 Et que de jour en jour plus fiere

Tu prens plaisir de mon soucy,

Aumoins regarde sur mon front 36 Les maux que tes beaux yeux me font.

[32] A LA FONTAINE BELLERIE.

ODE IX 0 Fontaine Bellerie, Belle fontaine chérie •

3 De noz Nymphes, quand ton eau Les cache au creux de ta source Fuyantes le Satyreau, Qui les pourchasse à la course 7 Jusqu'au bord de ton ruisseau, Tu es la Nymphe éternelle De ma terre paternelle :

10 Pource en ce pré verdelet Voy ton Poëte qui t'orne D'un petit chevreau de laict, A qui l'une et l'autre corne 14 Sortent du front nouvelet.

L'Esté je dors ou repose Sus ton herbe, où je compose, 17 Caché sous tes saules vers, Je ne sçay quoy, qui ta gloire

32 P. de Ronsard. [33.—%

Envoira par l'univers,

Commandant à la Mémoire 21 Que tu vives par mes vers.

L'ardeur de la Canicule

Le vcrd de tes bords ne brûle, 24 Tellement qu'en toutes pars

Ton ombre est espaisse et drue

Aux pasteurs venant des parcs,

Aux beufs laz de la charuë, 28 Et au bestial espars.

Iô, tu seras sans cesse

Des fontaines la princesse, 31 Moy célébrant le conduit

Du rocher perse, qui darde

Avec un enroué bruit

L'eau de ta source jazarde 35 Qui trepillante se suit.

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