ODE XVI
L'inimitié que je te porte, Passe celle, tant elle est forte, 3 Des aigneaux et des loups,
Vieille sorcière deshontée, Que les bourreaux ont fouettée 6 Te honnissant de coups.
Tirant après toy une presse D'hommes et de femmes espesse, 9 Tu monstrois nud le flanc,
Et monstrois nud parmy la rue L'estomac, et l'espaule nue 12 Rougissante de sang.
Mais la peine fut bien petite, Si l'on balance ton mérite:
15 Le Ciel ne devoit pas
Pardonner à si lasche teste, Ains il devoit de sa tempeste 18 L'acravanter à bas.
La Terre mère encor pleurante Des Geans la mort violante 21 Br usiez du feu des cieux,
(Te laschant de son ventre à peine) T'engendra, vieille, pour la haine 24 Qu'elle portait aux Dieux.
42 P. d- Ronsard. [39. — XVI J
Tu sçais que vaut mixtionnée La drogue qui nous est donnée 27 Des pays chaleureux,
Et en quel mois, en quelles heures Les fleurs des femmes sont meilleures 30 Au breuvage amoureux.
Nulle herbe, soit elle aux montagnes, Ou soit venimeuse aux campagnes, 33 Tes yeux sorciers ne fuit,
Que tu as mille fois coupée D'une serpe d'airain courbée, 36 Béant contre la nuit.
Le soir, quand la Lune fouette Ses chevaux par la nuict muette, 39 Pleine de rage, alors
Voilant ta furieuse teste De la peau d'une estrange beste 42 Tu t'eslances dehors.
Au seul soufler de son haleine Les chiens effroyez par la plaine 45 Aguisent leurs abois :
Les fleuves contremont reculent, Les loups effroyablement hurlent 48 Apres toy par les bois.
Adonc par les lieux solitaires, Et par l'horreur des cimetaires 51 Où tu hantes le plus,
Au son des vers que tu murmures Les corps des morts tu des-emmures 54 De leurs tombeaux reclus.
Vestant de l'un l'image vaine Tu viens effroyer d'une peine 57 (Rebarbotant un sort)
Quelque veufve qui se tourmente, Ou quelque mère qui lamente 60 Son seul héritier mort.
Tu fais que la Lune enchantée