ODE XV
Ma Guiterre je te chante, Par qui seule je deçoy, Je deçoy, je romps, j'enchante 4 Les amours que je reçoy.
Nulle chose, tant soit douce, Ne te sçauroit égaler, Par qui le soin je repousse 8 Si tost qu'il te sent parler,
— 38] !!. Livre des Odes. 39
Au son de ton harmonie Je refreschy ma chaleur Ma chaleur, flame infinie, 12 Naissante d'un beau malheur.
Plus chèrement je te garde Que je ne garde mes yeux.
Et ton fust que je regarde 16 Peint dessus en mille lieux :
Où le nom de ma Déesse En maint amoureux lien.
En maints laz d'amour se laisse 20 Joindre en chifre avec le mien:
Où le beau Phcebus qui baigne Dans le Loir son poil doré, Du luth aux Muses enseigne 24 Dont elles m'ont honoré.
Son Laurier preste l'oreille, Si qu'au premier vent qui vient, De re-sifler s'appareille 28 Ce que par coeur il retient.
Icy les forests compagnes Suivent Orphée et les vens.
Qui les voisines campagnes 32 Ombragent de bois suivans.
Là est Ide la branchue, Où l'oiseau de Jupiter Dedans sa griffe crochue 36 Vient Ganymede empiéter:
Ganymede délectable, Chasserot délicieux, Qui ores sert à la table
40 D'un bel eschanson aux Dieux.
Ses chiens après l'aigle aboyent, Et ses gouverneurs aucsi En vain cstonnez le voyent
41 Par l'air emporter ainsi.
Tu fus aux Dames pensives
P. de Ronsard. [38. -
Par Mercure consacré, Et aux passions lascives 48 Ton son est tousjours à gré.
Aussi est-ce ton office, Non pas les assaults cruez, Mais le joyeux exercice 52 Des souspirs continuez.
Encore qu'au temps d'Horace Les armes de tous costez Sonnassent par la menace 56 Des Cantabres indontez,
Et que le Romain empire Se vist chargé de soudars, Si n'a-il point à sa lyre 60 Accordé les faits de Mars:
Mais bien Venus la riante, Et son fils plein de rigueur, Lalage et Chloé fuyante 64 Davant avecques son chœur.
Quand sur toy je chanteroye D'Hector les combats divers, Et ce qui fut fait à Troye 68 Par les Grecs en dix hyvers, Cela ne peut satisfaire Au soin qui l'esprit me mord:
Que peut Hector pour moy faire, 72 Que peut Ajax qui est mort?
Mieux vaut donc de ma maistresse Chanter les beautez, afin Qu'à la douleur qui me presse 76 Daigne mettre heureuse fin :
Ces yeux autour desquels semble Qu'Amour vole, ou que dedans Il se cache, ou qu'il assemble 80 Cent traits pour les regardans.
Chantons donc sa cheveleure, De laquelle Amour veinqueur.
Noua mille reths à l'heure
84 Qu'il m'encordela le cœur:
Et son sein, rose naïve, Qui va et vient tout ainsi Que font deux flots à leur rive
88 Poussez d'un vent adouci.
CONTRE DENISE Sorcière