‹ OdesChapitre 2 sur 48 · ODE I · texte numérisé non relu

ODE I

Je te veux bastir une Ode, La maçonnant à la mode 3 De tes Palais honorez.

Qui pour parade ont l'entrée Et de marbres acoustrée, 6 Et de hauts piliers dorez.

Afin que le front de l'oeuvre Du premier regard descceuvre 9 Tout le riche bastiment :

Ainsi (PRINCE) je veux mettre Au premier front de mon mètre 12 Tes vertus premièrement.

Sur deux termes de Mémoire Je veux graver la victoire 15 Dont l'Anglois fut combatu, Et veux encore y portraire Les batailles de ton Père 18 Soustenu de ta vertu,

Lors que ton jeune courage S'opposa contre la rage 21 De l'Empereur despité,

Se vantant d'avoir la foudre Dont il devoit mettre en poudre 24 Paris ta grande cité.

BibLrom. 193. 1*

J6 P. de Ronsard.

»Le conseil et la vaillance xPar une égale balance

27 xTousjours veillent à l'entcur >Des affaires, qui sont pleines i D'un Labyrinthe de peines,

3C »S'entre-su!vans à leur tour.

Ce que la faveur céleste Par toy nous rend manifeste,

33 Comme n'ayant desdaigné Dez ta première jeunesse De conseil et de prouesse

36 Tousjcurs estre accompaigné.

Aussi Prince, ta main forte A fait voir en mainte sorte

39 L'impuissance d'éviter Les efforts de ton armée, Et la colère enflammée

42 A qui la vient irriter.

Sur la roche Thespienne Des Sœurs la plus ancienne

45 Qui de tes faits a scucy, Me garde autre mélodie, Afin qu'un jour je la die

48 Bien plus haut que ceste-cy.

De celle aux peuples estranges Je sonneray tes louanges,

51 Lors que ton bras beliiqueur Aura foudroyé le monde, Et que Thetis de son onde

54 Te confessera veinqueur :

Et lors que ta main non chiche- M'aura fait heureux et riche,

57 Me faisant sentir combien La bonté Cesariale D'Auguste fut libérale

6C Vêts l'autheur Aenien.

-24] II. Livre d?s Odes. 17

Les Muses ont à leur corde Deux tons divers : l'un accorde

63 A la guerre des grands Rois, L'autre plus bas, ne s'allie Qu'avec le luth de Thalie

66 Touché doucement des dois.

De ce bas ton je te chante

Maintenant, et si me vante 69 De ne sonner jamais Roy

Qui en bonté te resemble,

Ne Prince qui soit ensemble 72 Si preux et sçavant que toy.

Oy donc ma voix qui s'efforce

De crier à toute force 75 Que l'honneur qu'on voit escrit

Es oracles poétiques,

Célébrant les Rois antiques, 78 Est seul bien de ton esprit.

Sus sus FRANCE, ouvre la bouche Au son du luth que je touche :

81 Dy que le Ciel t'a donné Un Roy dispos à combaire. Et prompt par les loix d'abatre 84 Le péché desordonné.

Et toy Vandomoise lyre, Mieux que devant faut eslire 87 Un vers pour te marier, Afin que tu faces croire Que véritable est la gloire 90 Qu'on t'a voulu dédier.

Tu resjouys nostre Princ?, Tu contentes sa province, 93 Et mille furent espris De contrefaire ta grâce, Et suivans ta mesme trace 96 Ont voulu gaigner le pris.

Bibl. rom. 193. 2

18 P- de Ronsard. [25.—

Mais ô Phœbus, authorise Mon chant, et le favorise, 99 Qui ose entonner le loz

De ce grand Roy qui t'honore, Et ses beaux blasons décore 102 De l'arc qui charge ton doz.

Et fay tant que sa hautesse Daigne voir ma petitesse 105 Qui vient des rives du Loir Criant sa force et justice, Afin que l'âge qui glisse, 108 Ne les mette à nonchaloir :

Et qui doit chanter la gloire De sa future victoire, 1 1 1 »S'elle avient : car en tout lieu »De la chose non tissuë » L'heureuse fin et l'issue 114 »Se cache en la main de Dieu.

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