‹ OdesChapitre 30 sur 48 · ODE XXVIII · texte numérisé non relu

ODE XXVIII

Maintenant une fin, Denyse, A mon vers scandaleux soit mise 3 Qui ton cœur a despité,

Ou soit que rompu tu le noyés, Que tu l'effaces, ou l'envoyés 6 Au feu qu'il a mérité.

La Mère Cybele insensée N'esbranle pas tant la pensée 9 De son ministre chastré :

Non Bacchus, non Phœbus ensemble Le sein de son Prestre qui tremble 12 Dedans sa poitrine entré:

56 P. de Ronsard. [51. — XXVIII

Comme l'ire quand elle enflame De sa rage le fond de l'ame,

15 Qui ne s'espouvante pas

Non d'un couteau, non d'un naufrage, Non d'un tyran, non d'un orage

18 Que le ciel darde ça bas.

De chaque beste Promethée A quelque partie adjoustée

21 En l'homme, et d'art curieux

D'un doux aigneau fist son visage, Trempant son cœur dedans la rage

24 De quelque lion furieux.

Tousjours l'ire cause la guerre,

La seule ire a rué par terre 27 Le mur Amphyonien:

Voire et fist qu'après dix ans Troye,

(Hector ja tué) fut la proye 30 Du grand Roy Mycénien.

» Jamais l'humaine conjecture

»N'a preveu la chose future, 33 *Et l'œil trop ardant de voir

»Le temps futur qui ne nous touche,

»En son avis demeure louche.

36 »Qui le futur peut sçavoir?

Là, si j'eusse preveu la peine

Dont maintenant ma vie est pleine, 39 Je n'eusse jamais lasché

Un[eJ Ode d'erreur si tachée,

De laquelle t'ayant fâchée

42 Moymesme je suis fasché.

Ores ores je voy ma faute,

Je cognois combien elle est haute I 45 Et je tends les mains, afin

Que ta sorceliere science Dont tu as tant d'expérience,

43 Ne mette mes jours à fin.

:. — 51] II. Livre des Odes. 57

Je te suppli' par Proserpine

(De Pluton la douce lapine) 51 Que courroucer il ne faut,

Et par tes livres qui esmeuvent

Les Astres charmez, et les peuvent 54 Faire devaller d'enhaut:

Reçoy mes misérables larmes,

Et me deslie de tes charmes, 57 Espouventable labeur:

Destourne ton rouët, Prestresse,

Déchante les vers qui sans cesse 60 M'accablent de froide peur.

Telephe Roy de la Mysie

Peut bien fléchir la fantasie 63 D'Achll' pour le secourir,

Quand sa grand' lance Pelienne

En la mesme playe ancienne 66 Repassa pour le guarir.

D'Ulysse la peneuse troupe

Reboyvant de Circe la coupe 69 Laissa des porcs le troupeau,

Et luy rougist dedans la face

L'honneur, et la première grâce 72 De son visage plus beau.

Assez et trop helas j'endure!

Assez et trop ma peine est durel 75 Mon teint souillé par tes eaux

Efface sa couleur de roses,

Et mes veines ne sont encloses 78 Sinon que de flaques peaux.

Ma teste de tes onguents teinte,

Plus blanche qu'un Cygne s'est peinte:

81 Nul repos mon mal déçoit,

Le jour me poinct, la nuict me presse,

Et mon cœur ne fuit la tristesse 84 Que par tes vers il reçoit.

58 P. de Ronsard. [52. — XXIX

Appaise ta voix Marsienne, Et fay que l'amour ancienne

87 Nous reglue ensemble mieux:

De moy ta colère repousse, Et lors tu me seras plus douce

90 Que la clarté de mes yeux.

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