‹ OdesChapitre 34 sur 48 · ODE XXXII · texte numérisé non relu

ODE XXXII

Tableau, que l'éternelle gloire D'un Apelle avoti'roit pour sien, Ou de quelqu'autre dont l'histoire

4 Célèbre le ijom ancien,

Tant la couleur heureusement parfaite

6 A la nature en son mort contrefaite:

62 P. de Ronsard. [55. — XXXII

Où toute l'engence enfrongnée

Des Cyclopes laborieux

Est à la forge embesongnée, 10 Qui d'un effort industrieux

Haste un tonnerre, armeure de la dextre 12 Du plus grand fils que Saturne ait fait naistre.

Trois, sur l'enclume gémissante D'ordre égal le vont martelant, Et d'une tenaille pinçante

16 Tournent l'ouvrage estincelant :

Vous les diriez qu'ils ahanent et suent,

18 Tant leurs marteaux dessus l'enclume ruent.

En trois rayons de pluye torte Tout le tonnerre est finissant, En trois de vent qui le supporte,

22 Et en trois de feu rougissant:

Ores de peur, ores de bruit, et ore

24 D'ire et d'esclair on le polit et dore.

Les autres, deux soufflets entonnent, Qui dans leurs grands ventres enflez Prennent le vent, et le redonnent

28 Par compas aux charbons soufflez:

Le métal coule, et dedans la fournaise

30 Comme un estang se respand en la braise.

Un peu plus haut parmy les nues Enflées d'un vague ondoyant, Le père ses flèches cognues

34 Darde aval d'un bras foudroyant:

Le feu se suit, et saccageant l'air, gronde.

36 Faisant trembler les fondemens du monde

Entre l'orage, et la nuict pleine De gresle maTtelant souvent, Un Pilote cale à grand' peine 40 Sa voile trop serve du vent:

|XXXII. — 55] II. Livre des Odes. 63

La mer le tanse, et les flots irez baignent

42 De monts bossus les cordes qui se plaignent.

Les longs traits des fiâmes grand erre En forme de lances errans, Lèchent l'estomac de la terre 46 Aux bords des fleuves esclairans :

Et la forest par les vents dépessée

43 Egale aux champs sa perruque baissée.

A costé gauche de l'orage

Junon sa colère celant.

De Venus emprunte l'ouvrage

52 Son beau demy-ceint excellant:

Et le ceignant, sa force cous.umiere

54 Tira Jupin à l'amitié première.

(Là les amours sont portraits d'ordre, Celuy qui donte les oiseaux, Celuy qui chaleureux vient mordre

53 Le cœur des dauphins sous les eaux: Leandre proye à la mer inhumaine,

60 Pendu aux flots noue où l'amour le même.)

Junon tenant les mains esparses, De son mary presse le sein :

Luy qui enfle ses veines arses

64 De trop d'amour dont il est plein,

Baise sa femme, et sur l'heure fait naistrt

66 Le beau Printemps saison du premier estre.

De l'Océan l'image empreinte Contraint ses portraits finissans :

D'azur verdoyant elle est peinte.

70 Et d'argent ses flots blanchissans.

Où les dauphins aux doz courbez y nouent.

72 Et sautelans à mille bonds se jouent.

Au milieu de l'onde imprimée Comme grandes forests, on voit

64 P. de Ronsard. [56. — XXXII

S'eslever la navale armée 76 Que Charles à Thunis avoit ;

Les flots batus des avirons qui sonnent. 78 Contre les flancs de cent barques resonnent.

Environné d'une grand'trope Son pouvoir le rend orgueilleux, Traînant les forces de l'Europe

82 Avec soy d'un bras merveilleux :

L'Espagne y est. et les peuples qui vivent

84 Loin dessous l'Ourse, et les Flamars le suivent

Près de Thunis sur le bord More, L'Africain aveugle au danger La mer verte en pourpre colore

88 Au sang du soldat estranger :

Mars les anime, et la Discorde irée

90 Trainant sa robe en cent lieux dessirée.

Tout au bas d'une couleur palle Est repeint l'Empereur Romain, Craignant nostre Roy qui egalle

94 Les Dieux par les faits de sa main :

Mais pour-neant: car de Henry la lance

96 Ja-ja captif le traine dans la France.

Paris tient ses portes décloses Recevant son Roy belliqueur, Une grande nuë de roses

ICO Pleut à l'en tour du chef veinqueur:

Les feux de joye icy et là s'allument,

102 Et jusqu'au ciel les autels des Dieux fument.

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