‹ OdesChapitre 35 sur 48 · ODE XXXIII · texte numérisé non relu

ODE XXXIII

Tu es un trop sec biberon Pour un tourneur d'Anacreon,

XXXI II h — 57] II. Livre des Odes. 65

3 Belleau, et quoy! ceste Comète Qui naguiere au ciel reluisoit, Rien que la soif ne predisoit, 6 Ou je suis un mauvais prophète.

Les plus chauds Astres etherez Ramènent les jours altérez 9 En ce mois, pour nous faire boire:

Boy donques: après le trespas, Ombre, tu ne boiras là bas 12 Que je ne sçay quelle onde noire.

Mais non, ne boy point, mon Belleau, Si tu veux monter au troupeau 15 Des Muses, desur leur montagne:

Il vaut trop mieux estudier Comme tu fais, que s'allier 18 De Bacchus et de sa compagne.

Quand avecques Bacchus on joint Venus sans mesure, on n'a point 21 Saine du cerveau la partie Donc pour corriger son défaut, Un vieil pédagogue il luy faut, 24 Un Silène qui le chastie:

Ou les pucelles dont il fut Nourry. quand Jupin le receut 27 Tout vif de sa mère bruslée:

Ce furent les Nymphes des eaux:

»Car Bacchus gaste noz cerveaux, 30 îSi la Nymphe n'y est meslée.

[57] ODE XXXIIII.

Escoute, du Bellay, ou les Muses ont peur De l'enfant de Venus, ou l'aiment de bon cœur, Et tousjours pas à pas accompagnent sa trace: 4 Car si quelqu'un ne veut les amours desdaigner Bibl. rom. 193. 5

66 P- de Ronsatd. [58. — XXXV

Toutes à qui mieux-mieux le viennent enseigner, Et sa bouche mielleuse emplissent de leur grâce. Mais au brave qui met les amours à desdain, 8 Toutes le desdaignant le délaissent soudain, Et plus ne luy font part de leur gentille veine: Ains Cleion luy défend de ne se plus trouver En leur danse, et jamais ne venir abreuver 12 Sa bouche non amante en leur belle fonteine.

Certes j'en suis tesmoin : car quand je veux louer Quelque homme ou quelque Dieu, soudain je sens

nouer La langue à mon palais, et ma gorge se bouche : 16 Mais quand je veux d'amour ou escrire ou parler, Ma langue se desnouë, et lors je sens couler Ma chanson d'elle-mesme aisément en la bouche.

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