ODE XXXV
Si mes vers semblent doux, s'ils ont eu ce bon-heur D'honorer mon pays, ils m'ont rendu l'honneur Que Clothon m'a filé: et s'ils sont au contraire, 4 Que me vaudroit, Durban, d'avantage d'en faire? Je serois un grand fol. Si les Destins amis Un double sort de vie à l'homme avoient permis L'un pour vivre en plaisir, et l'autre en desplaisance: g Aumoins en son tourment l'homme auroit espérance De vivre aise à son tour après le mal fine. Mais puis que le Destin à l'homme n'a donné Qu'une petite vie, encore toute pleine
12 (Sur tous les animaux) de travail et de peine: Respondez moy chetifs, et pourquoy si souvent Vous donnez-vous en proye à la fureur du vent, Afin de rapporter une barque chargée,
16 Le naufrage futur de Carpathe ou d'Egée?
Et pourquoy pauvres sots, pour gaigner le rempart De quelque froid chasteau, mettez-vous au hazart
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Si souvent votre corps, qui est si foible et tendre, P Qu'à peine se peut-il d'une fièvre défendre,
Tant s'en faut d'un canon? et pourquoy tant de fois Allez-vous mendier des Princes et des Rois Une faible et mondaine et chetive largesse, 4 A fin d'amonceler une brève richesse,
Et ne voyez la mort qui talonne voz pas? O pauvres abusez, et ne seavez-vous pas Que vous estes mortels? et que la Parque sage 8 Vous a de peu de jours borné votre voyage ?