‹ OdesChapitre 38 sur 48 · ODE XXXVII · texte numérisé non relu

ODE XXXVII

Nous vivons, mon Panjas, une vie sans vie : Nous auties qui vivons, nous servons à l'envie, Nous servons aux faveurs, et jamais nous n'avons 4 Un seul repos d'esprit tandis que nous vivons, *De tous les animaux qui vivent sur la terre, » L'homme est le plus chetif : car il se fait la guerre ïLuymesmes à luymesmes, et n'a dans son cerveau

68 P. de Ronsard. [61. — XXXVIII

8 »Autre plus grand désir que d'estre son bourreau. Regarde je te pri' le beuf, qui d'un col morne Traine pour nous nourrir le joug dessus la corne: Bien qu'il soit sans raison, gros et lourd animal,

12 Jamais il n'est par luy la cause de son mal, Ains patientement le labeur il endure, Et la loy qu'en naissant luy ordonna Nature. Puis quand il est au soir du labeur deslié,

16 II met près de son joug le travail oublié,

Et dort sans aucun soing jusqu' à tant que l'Aurore

Le resveille au matin pour travailler encore.

Mais nous pauvres chetifs, soit de jour, soit de nuit,

20 Tousjours quelque tristesse espineuse nous suit Qui nous lime le cœur: si quelqu' un esternue, Nous sommes courroucez: si quelqu'un par la rue Fasse plus grand que nous, nous tressuons d'ahan:

24 Si nous oyons crier de nuict quelque chouan, »Nous hérissons d'effroy: bref à la race humaine »Tousjours de quelque part luy survient quelque peine: »Car il ne luy suffist de ses propres malheurs

28 »Qu'elle a dés le berceau, mais elle en cherche ailleurs. » Grandeur, procez, l'amour, la rancœur, la feint se, -^L'ambition, l'honneur, l'ire, et la convoitise, »Et le sale appétit d'amonceler des biens,

32 «Sont les maux estrangers que l'homme adjouste

aux siens.

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