ODE XXXVIII
Quand l'homme ingrat feroit tous les jours sacrifice D'une hécatombe aux Dieux, fraudé de son service, Ne seroit escouté: car leurs yeux destournez 4 Ne se voudroient souiller de ses presens donnez, Tant l'homme ingrat desplaist aux Dieux qui tout
prevoyent, Et qui de leurs tonneaux bien et mal nous envoyent.
KXXIX. — 62] II. Livre des Odes. 69
Si j'estoy, Lomenie, ingrat en ton endroit, 8 La Muse désormais rétive ne voudroit
Venir à mes chansons, et pour-neant sa trasse Je suivroy sur le mont du chevelu Parnasse: Pour-neant je boiroy des flots Aoniens,
[12 En vain je dormirois es antres Thespiens,
En vain je nommeroy son nom par les rivages: Car elle me fuiroit dans les forests sauvages Elle, et toutes ses sœurs, comme ne voulant pas
16 Suivre d'un homme ingrat ny la voix ny les pas. Pource Pindare feint que le damné Tantale Admoneste à bon droit parmy l'ombre infernale Chacun debteur de rendre à son tour le bien-fait
20 Qu'un autre au paravant, amy luy aura fait.
Quand je t'auroy donné les thresors de l'Asie, Je n'auroy respondu à ceste courtoisie Dont tu m'as obligé de telle sorte à toy,
24 Que la mort ne perdra les grâces que j'en doy Non certe^ à toy seul, mais ensemble à ton frère, Que Calliope estime, et qu'Apollon révère: Car tant que mes chansons auront quelque pouvoir,
28 Je veux qu'à noz neveux elles facent sçavoir D'âge en âge suivant (pour éviter l'offense Où tombent les ingrats) qu'en seule recompense De tant d'honnestetez dont tu m'as rendu tien,
32 Je ne t'ay remboursé, ny n'ay peu, d'autre bien Que du bien des neuf Soeurs, bien, qui pauvre ne cède Aux plus riches thresors que l'Orient possède.
ODES NON MESURÉES, ny propres à chanter. Aussi sont-ce les premières que fist jamais l'Autheur, l'an mil cinq cens quarante.