LES BOIS
Tandis qu'en nos plaines brûlantes Les chants des moissonneurs font retentir les airs ; Tandis que le soleil embrase nos déserts
De ses ardeurs étincelantes ; Et de son carquois d'or lançant sur l'univers Et les traits enflammes et les flèches brillantes,
Fane les fleurs , sèche les plantes ,
Et flétrit les feuillages verts :
Sombres forêts , aimables solitudes , Je viens goûter vos paisibles bienfaits.
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IDYLLES. ' an
Dans vos sentiers obscurs , sous vos rameaux épais , Je viens chercher l'oubli de mes inquiétudes ,
Le silence , l'ombre et la paix.
Bois chéris , vous charmez l'ennui qui me consume ,
Vous répondez à mes soupirs; Et je sens près de vous s'adoucir l'amertume De mes regrets et de mes souvenirs.
Dans votre obscurité profonde
Je retrouve ma liberté :
Échappé des périls et des pièges du monde , Ici mon cœur se croit en sûreté :
Gomme si votre doux ombrage , Qui des rayons du jour tempère la chaleur, De mes sens agités pouvoit calmer l'ardeur ;
Comme si votre épais feuillage Ecartait loin de moi les traits de la douleur ! Contre un tel ennemi la fuite est inutile ; Il nous trouve toujours, partout il nous surprend :
Bois chéris , il n'est point d'asile Impénétrable au chagrin dévorant.
Ainsi l'ennui rongeur, les regrets et les craintes, Malgré vos soins, régnent toujours sur nous.
lia IDYLLES.
Vous ne pouvez nous mettre à l'abri de leurs coups , Sans doute ; mais du moins leurs cruelles atteintes
S'adoucissent auprès de vous.
Ici des lits de mousse, et l'ombrage des chênes , Offrent au malheureux les charmes du repos.
Quelques instans vous endormez ses maux :
D'un zéphyr bienfaisant les aimables haleines
Le délassent de ses travaux.
Il trouve en votre sein , pour enchanter ses peines ,
Le doux murmure des ruisseaux.
De l'ombre , des fleurs , des fontaines , Les amours, les combats et les chants des oiseaux. Errant dans les détours de vos secrètes routes ,
Il rêve en paix à sa douleur.
Il aime à s'enfoncer sous vos profondes voûtes:
L'obscurité plaît au malheur.
Tout conspire à parer cette aimable retraite ; Pour vous, bois enchantés, la nature sourit.
Des chansons des bergers, des sons de leur musette,
Votre heureux écho retentit.
La timide et tendre fauvette
À vos rameaux suspend son nid ;
IDYLLES. ai3
L'humble et décente violette
Vous parfume et vous embellit.
Vos gazons émaillés qu'arrose une onde pure , Sous votre ombrage frais conservent leur verdure , Que ne peuvent flétrir les feux brûlans du jour :
Ah ! pour l'ami de la nature Fut-il jamais un plus riant séjour ?
Heureux qui loin du tumulte des villes , Aime à rêver dans le» forêts !
Heureux qui dans les bois coule des jours tranquilles , Exempt des vains désirs et des tristes regrets ! Par l'ombrage et les fleurs il compte les années ; L'orage et l'aquilon causent tous ses chagrins. La parque aime à filer ses heures fortunées :
Son cœur est pur, et ses jours sont sereins.
Il espère au printemps les faveurs de l'automne,
Cérès se plaît à remplir son grenier ;
Et tous les ans il cueille le premier Et les trésors de Flore et les dons de Pomone. Il contemple à loisir des diverses saisons
Les charmantes métamorphoses.
Pour lai le doux zéphyr ouvre le sein des roses , Et pour lui l'aubépine embaume les buissons.
Loin de craindre la fin de son pèlerinage , En approchant du terme où nous arrivons tous. Il est heureux encore ; et ses paisibles goûts
Vivent sous les glaces de l'âge.
Toujours épris des lieux qu'il aimait autrefois , Il y promène en paix son heureuse vieillesse ; Et chaque jour il redemande aux bois
Les souvenirs de sa jeunesse.
Il s'affranchit ainsi des injures du temps
Et des rigueurs des destinées ;
Et dans l'hiver de ses années.
Il jouit encor du printemps.
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