‹ Odes sacrées, idylles, et poésies diversesChapitre 39 sur 86 · LES BOIS · texte numérisé non relu

LES BOIS

Tandis qu'en nos plaines brûlantes Les chants des moissonneurs font retentir les airs ; Tandis que le soleil embrase nos déserts

De ses ardeurs étincelantes ; Et de son carquois d'or lançant sur l'univers Et les traits enflammes et les flèches brillantes,

Fane les fleurs , sèche les plantes ,

Et flétrit les feuillages verts :

Sombres forêts , aimables solitudes , Je viens goûter vos paisibles bienfaits.

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IDYLLES. ' an

Dans vos sentiers obscurs , sous vos rameaux épais , Je viens chercher l'oubli de mes inquiétudes ,

Le silence , l'ombre et la paix.

Bois chéris , vous charmez l'ennui qui me consume ,

Vous répondez à mes soupirs; Et je sens près de vous s'adoucir l'amertume De mes regrets et de mes souvenirs.

Dans votre obscurité profonde

Je retrouve ma liberté :

Échappé des périls et des pièges du monde , Ici mon cœur se croit en sûreté :

Gomme si votre doux ombrage , Qui des rayons du jour tempère la chaleur, De mes sens agités pouvoit calmer l'ardeur ;

Comme si votre épais feuillage Ecartait loin de moi les traits de la douleur ! Contre un tel ennemi la fuite est inutile ; Il nous trouve toujours, partout il nous surprend :

Bois chéris , il n'est point d'asile Impénétrable au chagrin dévorant.

Ainsi l'ennui rongeur, les regrets et les craintes, Malgré vos soins, régnent toujours sur nous.

lia IDYLLES.

Vous ne pouvez nous mettre à l'abri de leurs coups , Sans doute ; mais du moins leurs cruelles atteintes

S'adoucissent auprès de vous.

Ici des lits de mousse, et l'ombrage des chênes , Offrent au malheureux les charmes du repos.

Quelques instans vous endormez ses maux :

D'un zéphyr bienfaisant les aimables haleines

Le délassent de ses travaux.

Il trouve en votre sein , pour enchanter ses peines ,

Le doux murmure des ruisseaux.

De l'ombre , des fleurs , des fontaines , Les amours, les combats et les chants des oiseaux. Errant dans les détours de vos secrètes routes ,

Il rêve en paix à sa douleur.

Il aime à s'enfoncer sous vos profondes voûtes:

L'obscurité plaît au malheur.

Tout conspire à parer cette aimable retraite ; Pour vous, bois enchantés, la nature sourit.

Des chansons des bergers, des sons de leur musette,

Votre heureux écho retentit.

La timide et tendre fauvette

À vos rameaux suspend son nid ;

IDYLLES. ai3

L'humble et décente violette

Vous parfume et vous embellit.

Vos gazons émaillés qu'arrose une onde pure , Sous votre ombrage frais conservent leur verdure , Que ne peuvent flétrir les feux brûlans du jour :

Ah ! pour l'ami de la nature Fut-il jamais un plus riant séjour ?

Heureux qui loin du tumulte des villes , Aime à rêver dans le» forêts !

Heureux qui dans les bois coule des jours tranquilles , Exempt des vains désirs et des tristes regrets ! Par l'ombrage et les fleurs il compte les années ; L'orage et l'aquilon causent tous ses chagrins. La parque aime à filer ses heures fortunées :

Son cœur est pur, et ses jours sont sereins.

Il espère au printemps les faveurs de l'automne,

Cérès se plaît à remplir son grenier ;

Et tous les ans il cueille le premier Et les trésors de Flore et les dons de Pomone. Il contemple à loisir des diverses saisons

Les charmantes métamorphoses.

Pour lai le doux zéphyr ouvre le sein des roses , Et pour lui l'aubépine embaume les buissons.

Loin de craindre la fin de son pèlerinage , En approchant du terme où nous arrivons tous. Il est heureux encore ; et ses paisibles goûts

Vivent sous les glaces de l'âge.

Toujours épris des lieux qu'il aimait autrefois , Il y promène en paix son heureuse vieillesse ; Et chaque jour il redemande aux bois

Les souvenirs de sa jeunesse.

Il s'affranchit ainsi des injures du temps

Et des rigueurs des destinées ;

Et dans l'hiver de ses années.

Il jouit encor du printemps.

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