‹ Odes sacrées, idylles, et poésies diversesChapitre 38 sur 86 · LES ZÉPHYRS · texte numérisé non relu

LES ZÉPHYRS

Là neige a disparu ; votre règne commence :

Réveillez-vous, jeunes zéphyrs.

De l'aquilon fougueux domptez la violence; Enchaînez sa fureur, imposez-lui silence :

Et, vainqueurs de l'hiver, régnez pour nos plaisirs.

Que votre souftle fasse éclore Le sein tardif des nonchalantes fleurs,

Et rendez à la jeune Flore Ses doux parfums , et ses vives couleurs.

Que vous avez à louer la fortune,

Zéphyrs ! que votre sort est doux !

Ne nous enviez pas une vie importune.

D'un si triste présent ne soyez pas jaloux.

De notre pénible carrière

Mille chagrins troublent le cours.

En vain vous nous rendes les fleurs et les amours ,

Et votre haleine printanière ; '

Zéphyrs, pour bien des cœurs il n'est phis de beaux jours. Le glaive du trépas nous menace sans cesse ;

Le temps nous use et nous détruit;

La froide et tardive sagesse Ne peut nous consoler de la lente vieillesse,

Dont elle est le stérile fruit. #

Notre déplorable jeunesse Brille un instant, nous échappe et nous fuit. Jeune zéphyrs, d'une aile moins rapide,

Vous voltigez dans les forêts, ' Vous effleurez des lacs la surface liquide, Vous hérissez les épis des guérets.

Les fleurs que vous faites éclore

Ont un éclat moins passager :

L'onde est moins fugitive, et d'un vol moins léger

ao8 IDYLLES.

L'alouette fend l'ajr au lever de l'aurore.

Pour vous, bien plus heureux, vous visitez nés champs Dans la saison charmante où tout semble sourire. Le fier tyran des airs devant vous se retire , Et tous les jours pour vous sont des jours de printemps. Flore avec vous partage son empire ,

Vous rajeunissez tous les ans.

Cest à vous que les fleurs nouvellement écloses

Doivent leurs plus touchans attraits.

Vous répandez au loin le doux parfum des roses ; Par vous la violette embaume nos bosquets.

Vous appelez l'amour dans nos plaines charmées ; Par vos soins le printemps enchante nos déserts :

Et sur yos ailes parfumées Des nuages de fleurs voltigent dans les airs.

Les chants plaintifs de Philomèle Retentissent par vous de coteaux en coteaux ;

Et vous confiez aux échos

Les soupirs d'un berger fidèle. Épuisé de travaux, le triste voyageur

Bénit vos heureuses haleines , .

Vous faites couler dans ses veines

Le repos, la santé', la force, la fraîcheur,

Et le doux oubli de ses peines.

Ainsi les bienfaits, les plaisirs

Embellissent vos destinées :

Les nôtres sont empoisonnées Par les regrets amers et tes tristes soupirs. Souvent même en leur fleur elles sont moissonnées :

Plaignez-nous , aimables zéphyrs.

Allez de nos forêts agiter la verdure ;

De nos ruisseaux parez les bords charmans ;

Mêlez vos doux frémissemens

A leur délicieux murmure.

De mille et mille fleurs émaillez les gazons ; Rafraîchissez nos rives verdoyantes :

Ne souffrez pas que les noirs aquilons

Ravagent ces plaines riantes.

Jeunes zéphyrs , régnez toujours ; ' Reléguez dans ses monts l'impétueux Borée :

Et dans cette heureuse contrée v Éternisez les jeux et les amours.

aïo IDYLLES.

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