L'ÉDUCATION ET LA FORMATION ARTISTIQUES DE REDON
À cet égard, rappelons tout d'abord, en les développant, quelques détails de son existence : ( Fort jeune, j'ai dessiné ; à onze ans j'obtenais un prix de dessin lorsque je ne savais guère lire (1) ». Non seulement dès son enfance 1l a griffonné comme tout Jeune être, peut-on dire, à qui tombe sous la main un crayon, mais encore il l’a fait avec plus de suite et de réussite déjà. Au cours de ses médiocres études, où 1l peinait sans goût ni résultats, son unique succès est remporté dans la branche qui doit devenir la vocation de sa vie. Ce n'était pourtant encore que de bien infimes notions qu'il recevait, et fort banalement inculquées : (J'avais copié les lithographies d'alors selon les premiers modes de la hachure (2). »
Mais ultérieurement, il lui sera donné un enseignement davantage développé, et notamment de plus de valeur. Par un hasard heureux, celui qui fut appelé à devenir vraiment son premier maître, sans être un grand artiste, possédait du moins quelque talent et connaissait son métier. Puis surtout, chose rare, sa pédagogie demeurait soucieuse de respecter la personnalité chez le jeune élève qu'on lui avait confié. Il s'efforçait, non de le plier à de rigides théories doublées de pratique routimière, mais bien plutôt de l'aider à se dégager lui-même en lui
(1) Lett. d'On. R. à Edm. P. (15 juin 1894).
()'On, R, 4 S: M,"p.416:
lue
Petit Palais,
Étude (Dessin à l'encre de Chine).
ouvrant les vastes horizons de l’art. « Vers l'âge de quinze ans, on me donna pour le dessin un professeur libre, chez qui j'allais travailler les jours de sortie. Il était aquarelliste distingué et très artiste. Son premier mot — je m'en souviendrai toujours — fut de m'aviser que Je l'étais moi-même, et de ne me permettre jamais de donner un seul trait de crayon sans que ma sensibilité et ma raison ne fussent présentes.
Coll. de M"° Redon.
Morgat (Dessin à la mine de plomb).
Il me fit faire des études qu'il appelait études sur nature, où je ne devais traduire que ce qui m'était motivé par les lois de la lumière et de la statique. Il avait horreur de ce qui s'exécute de pratique. Il apportait dans l'analyse des copies qu'il me faisait faire un sens pénétrant et subtil des procédés, une clairvoyance à les décomposer et les expliquer, qui m'étonnaient beaucoup alors, et que je comprends aujourd'hui. Il possédait des aquarelles des maîtres anglais qu'il admirait beaucoup. Il m'en fit faire des copies.
(Très indépendant, il me laissait aller à mes sympathies. Il considérait comme un bon augure les frissons et les fièvres que me donnaient les