‹ Odilon RedonChapitre 35 sur 88 · AAA · texte numérisé non relu

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Mysticisme, surtout par le fantastique, qui est la transformation ultime et indéfinie que se permet un tempérament à l'égard des matérialités visibles, il n'existe point de milieu. Ou les œuvres produites sont élevées et vraiment impressionnantes, ou bien, demeurant froides et stériles conceptions, elles choquent et tombent au-dessous de la moyenne. C'est le domaine de l’art où se peut le moins supporter le défaut d'inspiration et de sincérité.

À notre pensée, Redon est mystique au sens que nous venons de définir. En effet, son objectif supérieur et sans cesse poursuivi n'est-il pas de faire surgir l'inconnu vague que nous pressentons sous les aspects contingents, comme une énigme d’absolu résidant au fond de tout être et de toute chose. Ce fut le propre de l'artiste de s'exprimer en recourant à des moyens entièrement plastiques, c'est-à-dire par l'emploi des formes, ainsi que l'énergique puissance du clair-obscur et les innombrables gammes diluées de la lumière (1).

Peut-être pensera-t-on aussi qu'en la fin de ce xix° siècle, tourmentée € par la recherche des origines primaires, hantée par l'aspiration des perfectionnements futurs, faisant de ses vices une litière où s'épanouit l'inguérissable souffrance — cet homme s’est rencontré : Odilon Redon. Dans sa sérénité de penseur, dans son imagination d'artiste, dans ses secrètes douleurs, il a puisé les éléments d'une vision haute, qu'il a formulée sincèrement, sans théorie préconçue. Et si l'on recherche jamais dans l'histoire plastique l’image de cette époque inquiète et troublée. partagée entre la science et le mysticisme, ne pouvant pas plus nier les découvertes positives de l’une qu'étouffer l’ardente aspiration de l’autre, n'est-ce pas à l’œuvre d’un Redon qu'il faudra en demander, dans une synthèse d'art — le symbole et l'expression (2) ».

Et sur lui la conclusion s'imposera que ( comme tout véritable et profond artiste, 1] eut le don de retrouver l'Humanité à travers les formes de son époque. L'Humanité ! essence toujours la même sous le protéisme successif d’aspects sans cesse diversifiés. Le problème qu’elle suscite peut sembler reculer plus loin ses données à chaque découverte conquise, mais 1l reste, au fond, identique dans son angoisse confuse

(1) À. M, Et. s. R., p. 44 et suiv.

(2) A. M, Préf. d'Exp. d'Od. R., 1894.

et troublante. Vainement en la forêt épaisse et obscure de la Vie, des routes neuves sont inlassablement tentées vers la clairière lumineuse des conceptions définitives. Toujours, après l’implacable déception raillant les ambitions vaincues, et ravivant pourtant une inépuisable curiosité d'espoir, apparaît sur le ciel d'horizon, sombre et rayé de minces clartés, l'éternel Sphinx à la silhouette imposante et énigmatique. Sonder ce mystère, tout au moins l’éprouver et chercher à faire partager son émotion. Avoir la foi, l'audace et la force d’un tel but, malgré les incompréhensions et souvent les huées de la foule grossière, demeure certes l'apanage d’un petit nombre d’esprits d'élite.

«Quelle que soit la place réservée par l'avenir à l’œuvre d'Odilon Redon, ce fut le partage et nous dirons la gloire de l'artiste, d’avoir lui aussi — essayé la grande tentative (1) ».

(1) À. M. Et. s. R., p. 46.

spiton REDON

« … Et dans le disque même du Soleil rayonne la face

de Jésus-Christ.» (Lithographie.)

(Planche tirée de La Tentation de Saint-Antoine.)

Odilon REDON en 1894.

ABEENDICGE

(1) D'après les actes officiels, son prénom exact est : Bertrand, — porté déjà par son père.

C'était une coutume dans la famille Redon que de donner aux enfants, lors de leur baptême, un autre nom que celui inscrit à l'état civil. Cette seconde appellation demeurait ensuite la seule usitée au cours de leur existence.

La mère de Redon, élevée dans une famille où se retrouvait la même habitude, avait vu son prénom de Marie remplacé par celui d'Odile — d'où fut emprunté Odilon, pour son second fils.

Au sujet de cette dernière, voici quelques renseignements plus détaillés, contenus dans un acte authentique :

D'après un : « Extrait du Registre des Baptémes des Blancs, Livre neuvième, page 153, n° 844 de l'Eglise Cathédrale et Paroissiale de la Nouvelle-Orléans (Etats-Unis d'Amérique, Louisiane), fut baptisée le 16 novembre 1820, Marie, fille légitime de Jean-Gabriel- Jérôme GuÉRIN et d'Antoinette CHAPUS, natifs de France et résidant à la Nouvelle-Orléans.» — En ce qui concerne les enfants :

L'aîné, Ernest, né à la Louisiane, s'occupait de musique. Il habita Bordeaux, où il s'éteignit assez âgé. :

Marie, restée jeune fille, mourut peu après 1870; ainsi que, vers la même époque, Léo, qui était médecin, et ne se maria point. ,

Le dernier, Gaston, ancien Prix de Rome, et architecte connu, ultime.survivant de la famille, est décédé récemment en décembre 1921.

(2) Nous donnons, à titre d'exemple, quelques pensées typiques de CLAVAUD dont Redon avait été particulièrement frappé et qu'il avait transcrites, par habitude déjà de faire une sorte de journal des idées et des faits qui le frappaient au cours de sa vie :

« Le beau est l'évolution libre, aisée de la force (force considérée ici comme bienfaisante).

« Le laid est le triomphe de l'obstacle, ou le triomphe de la force malfaisante.

«€ Il y a l'élément statique et l'élément dynamique : la beauté peut être calme et représenter le repos ou bien représenter le mouvement et la vie.

« Si je dis que le beau est le libre essor de la vie, la définition n'est pas rigoureusement juste, parce que si je regarde un soleil couchant, une belle ligne de montagnes, ces objets ne sont pas vivants dans la parfaite acception du mot : le mot force convient mieux à la définition, le terme est plus général.

« Le sublime est une évolution de la force bienfaisante mêlée à l'idée de réussite, de bien général, de justice.

L'apothéose (ou faux sublime) est l'essor de la personne humaine dans un sens personnel, égoïste, limitée dans le moi : c'est du pur égoïsme.

« Le sublime est de l’altruisme ; l’apothéose est le contraire.

« Il y a une subordination dans les divers modes de la beauté. Une œuvre d'art est d'autant plus belle qu'elle a d'importance dans la durée et l'espace.

« La grâce est la beauté en mouvement. » Voir : On. R., 4 S. M. p. 21.

(3) Nous avons retrouvé dans les manuscrits de REDON, les indications suivantes qu'il avait groupées sous ce titre :

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