AQUARELLE
but identique (1) ». Du groupe, il se séparait nettement ( par une tradition plus équilibrée, par son goût pour le dessin pur, aussi pour l’estampe lithographique, mais surtout par son imagination illimitément libre (2)». On pourra vérifier ces différences, même dans la dernière période picturale de Redon où le rapprochement aurait dû, semble-t-il, très facile-
Frontispice pour Le Mouvement idéaliste en Peinture (Lithographie).
ment s'effectuer. Comme chez les Impressionnistes on constate bien une palette claire et joyeusement éclatante, mais l'artiste poursuit moins les vibrations de l'atmosphère lumineuse que l’assise d'une composition, où le contraste des couleurs s’harmonise par le moyen de gradations subtiles. Enfin et surtout, insoucieux de l'effet mobile et passager, si séduisant soit-il, c'est l'essence même de la vie et comme une âme profonde qu'il veut donner à ses fleurs, d'un aspect absolument particulier.
(1) A. M. Gaz. des B.-A., p. 154 ot | (2) A. M, Et. s. R., p. 42. Au sujet de l'Impressionnisme, voir : App., note 13.
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Cependant un dernier essor se produisit dans les arts plastiques, vers la fin du xix° siècle. Très différent de ceux qui l'avaient précédé, il est loisible même de dire qu'il prenait comme point de départ des principes opposés. On le qualifia de Symbolisme ou Néo-Traditionnisme. Malgré la défectuosité de telles dénominations, peut lui être appliquée encore celle — dont, pour notre part personnelle, nous avons fait usage, de : Mouvement Idéaliste (1). « Il ne paraît point contestable que l’œuvre de Redon n'ait. aidé de jeunes artistes à s'éclairer eux-mêmes sur leurs aspirations. Mais il ne fit pas partie effective de leur groupe, non plus, bien qu'on l'ait cru souvent à tort, de la petite phalange de la Rose-Croix (2). L'action exercée et l’enseignement direct provinrent de la vue des peintures de Cézanne et de Van Gogh, comme aussi des théories de Gauguin. L'auteur de Dans le Rêve, par l'attraction émanée de sa personne et dans d'amicales conversations, a surtout rappelé d’une manière générale aux Maurice Denis, Sérusier, Bonnard, Vuillard, K.-X. Roussel, le souci éternel de l'idéal et la haute mission qui incombe à tout véritable artiste (3). »
Or, de même que Redon ne peut être rangé dans les groupements plus ou moins exactement établis et catalogués, mais du moins reconnus, on ne saurait davantage le rapprocher de personnalités particulières telles que, par exemple : Puvis de Chavannes ou Carrière.
N'est-ce point encore vainement qu'on essaya parfois d’apparenter son œuvre à diverses manifestations du fantastique à travers les âges ? Ainsi, prenez l'Art Chinois avec ses élucubrations bizarres et difformes, par ailleurs curieusement ornementales, d'esprit très éloigné de notre conception d'occidentaux. Ou bien encore, plus près de nous, les cocasseries plaisantes, mais au fond bien peu terribles, des vieux maîtres flamands et hollandais. Quel rapport essentiel peut-on véritablement établir? Plus intéressante certainement serait à étudier l’assertion de M. Jules Destrée, lorsqu'il pense trouver quelque rapprochement avec l'inspiration du moyen-âge, dont la foi profonde et l'imagination
(1) Au sujet du Mouvement Idéaliste, voir : App., note 14. (2) Redon n'a cessé d'insister sur ce point : ( Je n'ai jamais envoyé aux expositions de la Rose-Croix, c'est un fait certain. Et ce fut volontairement et consciemment ». Man. de R.
(3) À. M, Gaz. des B.-A., p. 155.
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exaltée enfantèrent, dans la décoration sculptée des cathédrales, tout un monde étrange, grouillant d'une vie ardente et si expressive. Quant aux assimilations concernant Goya ou Gustave Doré, nous avons dit précédemment ce qu il fallait en juger. Enfin les œuvres d'une archéologie érudite, aux rutilances méticuleusement dosées, de Gustave Moreau, ne sont point de nature comparable aux libres fantaisies de mythologie féerique, qu'on rencontre en la dernière période de notre artiste. D'ailleurs, lorsque tous deux, et seulement vers la fin de leur vie, se connurent personnellement et se visitèrent, ils (causèrent non de théories ou de hautes spéculations, mais uni- Petit prélat (Pointe sèche) . quement des procédés de la peinture, tant ancienne que moderne (1) ».
Ainsi, le voit-on clairement : « C’est dans sa solitude qu'il faut admettre et comprendre Redon (2). »
Quelle peut-être dans l'avenir la place occupée par l'artiste ? Tout pronostic de rang déterminé et de dignité définitive demeure,
DRAM ET. 8. R4 p: 58.
(2) A. M. Gaz. des B.-A., p. 156.
à ce sujet, oiseux autant que puéril. Ce que pensera et jugera la postérité — c’est son secret. Mais encore, après l'émotion éprouvée par les contemporains, les discussions soulevées, peut-être aussi les explications élucidantes que nous avons tenté de présenter. certains faits paraîtrontils acquis (1).
Redon nous semble devoir être rangé dans la catégorie des esprits qu'on a dénommés : Mystiques.
« Qu'on nous entende bien toutefois, à propos de ce mot qui, pour les uns, possède une valeur strictement limitée à la sphère religieuse (2), tandis que pour les autres, il constitue une sonorité imprécise. et dont on abuse à tort et à travers. Au sens large où nous voulons nous placer, il semble que le Mysticisme ne soit pas autre chose que le sentiment de l’Au delà, de l’incompréhensible, de l'infini. À ce point de vue, tout être humain paraît susceptible de partager, au moins à quelque degré, si infime soit-il, ce frisson intime et profond... La puissance de cette faculté quand elle s’élève au-dessus de la moyenne ordinaire, son importance dans la formation de la personnalité, sa répercussion sur les manières d'être ainsi que les décisions dans la vie, voilà ce qui constitue le véritable mystique. Les caractéristiques en seront donc l'intérêt porté au mystère en lui-même, l'inquiétude intense qui en résulte, la propension à sen préoccuper avant tout. En revanche, plus l'esprit est vulgaire et étroitement borné aux représentations immédiates, qui lui sont davantage accessibles et où il se complaît, moins 1l a le sentiment de l'infini recouvert pour lui d'un voile épais.
On peut juger par là que les esprits réellement mystiques sont peu nombreux. Plus rares encore se comptent les artistes capables d'avoir exprimé ces hautes aspirations. De telles envolées ne semblent appartenir qu à des organisations particulières, dont l'audace choque et terrifie les mentalités ordinaires. Mais la réussite est éminemment ardue. En effet, la réalité objective bien observée et soigneusement reproduite donnera toujours des résultats appréciables. Par contre, si l’on tend au
(1) À. M, Et. s. R,, p. 46.
(2) A l'égard du mysticisme religieux, on peut lire un livre récent de M£ ALBERT FARGES : Les Phénomènes mystiques distingués de leurs contrefaçons humaines et diaboliques (Traité de Théologie mystique à l'usage des Séminaires, du Clergé et des gens du Monde), Paris, 5, rue Bayard, 1920.
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