L'AMI DES OISEAUX
« Chaque jardin de Paris a son ornithophile ou, si l'on préfère une expression moins pédante et plus jolie : son ami des oiseaux. On connaît, aux Tuileries et au Luxembourg, maints donneurs de petites miettes. Et les moineaux, chers à Coppée, les connaissent mieux que nous.
« Le Parc Monceau a, lui aussi, son porteur de pain quotidien, chargé sans doute par l'Eternel de donner la pâture à qui vous savez. Les enfants l'appellent le ( monsieur décoré » et accourent sitôt qu'ils voient son pardessus fleuri de rouge et sa cape marron. der
« Ils ignorent (et leurs gardiennes ne savent pas davantage) que le monsieur décoré, peintre charmant de fleurs de rêve, est M. OpiLoN REDON. »
Et l'artiste, avec cette pointe d'ironie malicieuse, dont il savait user finement à l'occasion, disait que, dans sa vie, beaucoup d'articles l'étaient venus contrister, quelques-uns le satisfaire un peu, mais que celui-là seul lui avait causé un plaisir sans mélange.
(9) Ari Redon était alors âgé de 25 ans. Il avait fait son service militaire dans la Section des ballons, qu'organisait le colonel (depuis général) Hirschauer. A l'égard de l'aéronautique, il possédait donc une instruction sérieuse et une réelle compétence. C'est dans cette arme que, parti sergent, dès le deuxième jour de la mobilisation, il fit toute la guerre, se distinguant en diverses occasions, et notamment dans les dures offensives allemandes de la première moitié de 1918. Il revint indemne, avec le grade de sous-lieutenant.
(10) Au sujet de l'enseignement pratiqué par Gérôme, voici quelques détails complémentaires, et qui feront plus pleinement comprendre en quoi il devait fatalement répugner à toute nature spontanée et indépendante : « Gérôme engageait les jeunes gens à simphfier leur palette ; c'était un avis excellent : une palette trop chargée est un bagage encombrant qui gêne l'œil, Mais il leur prescrivait aussi de faire leurs tons d'avance et ceci était moins bon. C’est devant le modèle que l'artiste doit préparer ses tons, au moment même de les appliquer, sinon, il ne fait rien de sincère et de personnel. La peinture, selon les prescriptions de Gérôme, n’est plus que l’enluminure à la manière de l'imagerie d'Epinal.
« Dans le programme de travail hebdomadaire, figurait encore la confection d’une esquisse que le patron corrigeait avec sa conscience habituelle. Le principe n'était pas mauvais, puisqu'il avait pour but d’habituer les élèves à composer un tableau. Cependant, dans la pratique, il n’aboutissait qu'à donner naissance à une quantité de compositions conformes au goût du maître et dans lesquelles la recherche archéologique la plus puérile tenait une place prépondérante ». GEORGES Rivière, Renoir et ses amis, Paris, H. Floury, 1921, p. 54.
(11) Nous n'avons certes point la capacité professionnelle — et d'ailleurs ce n'est pas ici le lieu, pour analyser l'œuvre d'Armand Clavaud.
Mais peut-être nous saura-t-on gré de donner le résumé de quelques recherches que nous avons effectuées sur ses travaux, à la Bibliothèque du Muséum, à Paris. Nous remercierons, à cette occasion, M. de Nussac, bibliothécaire, de ses obligeantes indications.
Et d'abord, voici par l'un de ses confrères, le portrait esquissé du savant lors de sa mort, survenue dans des conditions très tristes après une douloureuse maladie. «Nommé membre titulaire le 17 février 1875... la Société (Linnéenne de Bordeaux) avait pu apprécier. les qualités brillantes de ce savant distingué.
(M. Clavaud était un travailleur infatigable, un observateur consommé, un homme d'un savoir sûr et étendu. Aussi était-il tout désigné comme titulaire de la chaire municipale de botanique...
(I déploya dans cette fonction cette clarté, cette méthode et en même temps éet humour spécial qui rendait attrayants les sujets les plus arides.…
( Botaniste par goût, il avait cette qualité maîtresse qui mène aux résultats féconds : je veux parler du feu sacré. Qui de nous ne l'a vu dans ses nombreuses communications à la Société, alors qu'il s'enfonçait dans ces descriptions si sèches par elles-mêmes, s'animer, s'enflammer et faire vivre,