PROFIL DE LUMIÈRE
{Fusain)
vocation arrêtée et sans cesse fortifiée — mais par idée de se créer en plus un autre mode d'expression d'art. Ces premiers essais, demeurés dans ses manuscrits, apparaissent d’une juvénilité incertaine, portant surtout des traces d'influence romantique. Mais leur intérêt est de nous faire connaître les débats intimes qui s'agitaient alors au fond de lui-même. Car ce sont moins des œuvres liées et composées, qu'une sorte d'autobiographie, répétée sous des formes variées, de ses impressions et sentiments, ainsi que de ses vagues aspirations. Et sa tendance essentielle se manifeste bien dans le choix de ce pseudonyme par lui adopté : 11 rêve.
Redon, toutefois, ne vivait pas en complet isolé de ses contemporains d'art.
Il en connut plusieurs et certains même notables, avec lesquels il entretint quelques personnelles relations : Corot, principalement Chintreuil, aussi Courbet. Mais sa grande occupation était de fréquenter assidûment les Musées. C'est là qu'il se mettait en communion avec les maîtres, méditant leur esprit, analysant aussi leur métier dont 1l pénétrait les secrets par les copies attentives qu'il faisait de leurs œuvres.
insi ent des | Ainsi se Er Les prêtresses furent en attente (Lithographie). années assez nombreuses (Planche tirée de l'album La Nuit.)
de lente et secrète incu- L nt | bation, que corroborent des études faites en toute liberté, HE avec intelligence et une conscience sérieusé. En outre quelques réalisations modestes d’ailleurs et peu abondantes, le présentent déjà
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effectives,
au public. C’est ainsi qu'il figure au Salon officiel de 1867, dans la section de gravure, avec une petite eau-forte sous ce simple titre : Paysage (1). À Bordeaux, où se tenaient alors des expositions régionales importantes et suivies, il se manifestait plus amplement par des œuvres de peinture. Et même son Roland à Roncevaux attirait déjà l'attention grâce à des qualités réelles d'originalité naissante (2).
Mais nous devons signaler très particulièrement une série d'articles de critique sur le Salon de 1868, écrits par Redon pour le journal La Gironde (3). Non point seulement à cause de la valeur de leurs jugements empreints d’un esprit pénétrant et compréhensif, qu'appuient en outre de solides considérations techniques. C'est qu'à notre avis, ils montrent que Redon avait pris conscience déjà, au moins pour les principes essentiels, de l’art si personnel qui sera le sien, lorsque plus tard il aura trouvé le mode expressif capable de rendre plastiquement son inspiration. A l'égard de notre assertion nous considérons comme probantes des affirmations de sa part telles que les suivantes : «.….Quelques-uns veulent absolument restreindre l’art du peintre à ne reproduire que ce qu'il voit. Ceux qui restent dans ces limites bornées se condamnent à un idéal inférieur. Les maîtres nous prouvent que l'artiste une fois en possession de son langage, une fois qu'il a pris dans la nature les moyens nécessaires d'expression, est libre, légitimement libre d'emprunter ses sujets à l'histoire, aux poètes, à son imagination. (4) » « Tout en reconnaissant comme base la nécessité de la réalité vue. l’art véritable est dans la réalité sentie. (5) » «À nous maintenant de nous livrer à notre fantaisie, à nous de créer librement... Les imitations épuisées de l’art antique, depuis longtemps condamnées par leur absence de vie, doivent faire place au règne de l'expression de l'accent moral. embellir toujours d'une poésie bienfaisante, luxe magnifique, inépuisable trésor de l'imagination humaine, hors de laquelle il n’y a point de salut (6). »
; cos Plus tard, dans son œuvre, elle sera dénommée différemment : Le Gué. Elle datait d'ailleurs e :
(2) A lire l'appréciation favorable de FéLix LÉAL, Salon Bordelais, 19e Exposition de la
Société des Amis des Arts. La Gironde, 14 mai 1870.
(3) La Gironde, numéros des 19 mai, 9 juin et 1® juillet 1868.
(4) Dito, 19 mai 1868.
(5) Dito, 9 juin.
(6) Dito, 2 août.
es.