Scène
Caroline le suit du regard ; puis elle se dirige lentement vers le marchand de glaces, achète un cornet et, pensive, lèche sa glace. Juppmacker lui, en est à lécher sa deuxième glace.
CAROLINE. — Qu'est-ce que vous avez à me regarder avec cet air idiot ? JUPPMACKER. — Pardon ! Je pensais à tout à fait autre chose.
CAROLINE. — C’est ça.
Un silence.
JUPPMACKER. — Je pensais au Zeppelin.
Un silence.
CAROLINE. — Le Zeppelin s’est envolé vers Oberammergau.
JUPPMAGKER. —— Vous avez déjà fait le pèlerinage d’'Oberammergau, mademoiselle, voir la Passion du Christ ?
CAROLINE. — Trois fois déjà.
JUPPMACKER. — Chapeau !
Un silence.
CAROLINE. — Mais les gens là-bas, c’est pas des saints non plus. L'homme est mauvais partout.
JUPPMACKER. —— IT ne faut pas dire cela, mademoiselle ! L'homme n’est ni bon ni mauvais. Seulement, le système actuel le contraint à être plus égoïste que nature, pour subsister. Vous me comprenez ?
CAROLINE. — Non.
JUPPMACKER. Vous allez me comprendre. Supposons : vous êtes amoureuse d’un homme. Supposons ensuite : cet homme devient chômeur Alors l’amour flanche, automatiquement.
CAROLINE. — Ca, je ne crois pas.
JUPPMACKER. — C’est sûr et certain !
CaAROLINE. — Non ! Si son homme a des ennuis, une femme de qualité lui sera d'autant plus attachée, c’est du moins ce que j'imagine.
JUPPMACKER. —— Pas moi.
Un silence.
CAROLINE. — Vous savez lire dans la main ?
JUPPMACKER. — Non.
CAROLINE. —— Peut-on savoir le métier de monsieur ? JUPPMACKER. — Devinez.
CAROLINE. — Mécanicien de précision.
JUPPMACKER. — Non. Tailleur
CAROLINE. — Ça alors, je n’aurais pas cru.
JUPPMACKER. — Et pourquoi non ?
CAROLINE. —— Parce que je n’aime pas les tailleurs. Les tailleurs ont tous la grosse tête.