‹ Ödön von Horvath - Casimir et CarolineChapitre 4 sur 4 · Scène · texte numérisé non relu

Scène

Caroline le suit du regard ; puis elle se dirige lentement vers le marchand de glaces, achète un cornet et, pensive, lèche sa glace. Juppmacker lui, en est à lécher sa deuxième glace.

CAROLINE. — Qu'est-ce que vous avez à me regarder avec cet air idiot ? JUPPMACKER. — Pardon ! Je pensais à tout à fait autre chose.

CAROLINE. — C’est ça.

Un silence.

JUPPMACKER. — Je pensais au Zeppelin.

Un silence.

CAROLINE. — Le Zeppelin s’est envolé vers Oberammergau.

JUPPMAGKER. —— Vous avez déjà fait le pèlerinage d’'Oberammergau, mademoiselle, voir la Passion du Christ ?

CAROLINE. — Trois fois déjà.

JUPPMACKER. — Chapeau !

Un silence.

CAROLINE. — Mais les gens là-bas, c’est pas des saints non plus. L'homme est mauvais partout.

JUPPMACKER. —— IT ne faut pas dire cela, mademoiselle ! L'homme n’est ni bon ni mauvais. Seulement, le système actuel le contraint à être plus égoïste que nature, pour subsister. Vous me comprenez ?

CAROLINE. — Non.

JUPPMACKER. Vous allez me comprendre. Supposons : vous êtes amoureuse d’un homme. Supposons ensuite : cet homme devient chômeur Alors l’amour flanche, automatiquement.

CAROLINE. — Ca, je ne crois pas.

JUPPMACKER. — C’est sûr et certain !

CaAROLINE. — Non ! Si son homme a des ennuis, une femme de qualité lui sera d'autant plus attachée, c’est du moins ce que j'imagine.

JUPPMACKER. —— Pas moi.

Un silence.

CAROLINE. — Vous savez lire dans la main ?

JUPPMACKER. — Non.

CAROLINE. —— Peut-on savoir le métier de monsieur ? JUPPMACKER. — Devinez.

CAROLINE. — Mécanicien de précision.

JUPPMACKER. — Non. Tailleur

CAROLINE. — Ça alors, je n’aurais pas cru.

JUPPMACKER. — Et pourquoi non ?

CAROLINE. —— Parce que je n’aime pas les tailleurs. Les tailleurs ont tous la grosse tête.

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