‹ Ödön von Horvath - Casimir et CarolineChapitre 3 sur 4 · Scène · texte numérisé non relu

Scène

Tapr. — Bravo Zeppelin ! Bravo Eckener ! Bravo ! UN BONIMENTEUR. — Hourra !

Pick. — Majestueux ! Hourra !

Un temps.

UN LILLIPUTIEN. —— Quand on y pense, l’homme, à tout ce que nous sommes arrivés déjà.

Il agite son mouchoir Un temps.

CAROLINE. IT ne va pas tarder à disparaître, le Zeppelin. Le LILLPUTIEN. — À l'horizon.

CAROLINE. — Je ne le vois presque plus.

LE LiLLIPUTIEN. — Je le vois encore très distinctement, moi.

CAROLINE. — Je ne vois plus rien maintenant. (Ælle aperçoit Casimur Avec un sourire.) Tu vois, Casimir, dans pas longtemps, nous volerons tous.

CasIMIR. — Allez, lâche-moi un peu.

IT se dirige vers l’appareil à droite et tape sur le coin devant un public muet mais intéressé ; ça ne fait boum qu'au troisième coup : alors Casimir pate et reçoit sa médaille.

CAROLINE. — Félicitations.

CasIMIR. — Pourquoi ?

CAROLINE. — Pour ta médaille, là.

CASIMIR. — Merci.

Un silence.

CAROLINE. — Maintenant, il vole vers Oberammergau, le Zeppelin, et puis après, il reviendra et il décrira plusieurs boucles au-dessus de nos têtes.

CasmMR. — Je m'en fous ! Pendant que vingt capitaines d’industrie s’envoient en l'air, des millions de gens crèvent de faim ici-bas. Ton Zeppelin, je l’emmerde, c’est de l’esbroufe, je connais, suffit de raisonner. le Zeppelin, tu comprends, c’est un aéronef, et quand nous autres on voit voler cet aéronef, on a l'impression que nous aussi, on est du voyage… Alors que nous, c’est les semelles trouées et le coin de la table pour s’écraser la gueule dessus !

CAROLINE. — À te voir si triste, je deviens triste aussi. CasIMIR. —— Je ne suis pas quelqu'un de triste. CAROLINE. — Si. Tu es un pessimiste.

CasIMIR. — Ça oui. Quand on est intelligent, on est forcément pessimiste. (Il l’abandonne à nouveau pour taper sur le coin. Cette fois-ci, ça fait trois fois boum, il paie et reçoit trois médailles. S’approchant à nouveau de Caroline.) Tu peux rire, toi, t'as pas à t'en faire. Je te l'avais dit : je n’irai pas à ta foire, pour rien au monde ! Hier, j'ai été renvoyé ; demain, je pointe au chômage, mais aujourd’hui on s’amuse, on rit aux éclats.

CAROLINE. — Je n’ai pas ri.

CASMIR. — Mais si, tu as ri. Tu as bien raison... Tu as toujours ta paie, > dl P

toi, et tu vis chez tes parents qui ont droit à la retraite. Je n’ai plus de

parents, moi, je suis seul dans le monde, tout ce qu’il y a de plus seul.

Un silence.

CAROLINE. — Nous pesons peut-être trop lourd l’un sur l’autre… CASIMIR. — Qu'est-ce que tu veux dire ?

CAROLINE. — Parce que tu es un pessimiste, et moi aussi, tu vois, j’aurais plutôt tendance à la mélancolie. Tout à l’heure, par exemple, quand le Zeppelin.

CasIMIR. — Mais ferme ta gueule, toujours avec ton Zeppelin ! CAROLINE. — Arrête de me crier après tout le temps, je n’ai pas mérité ça ! CasmMiR. — Va te faire voir !

IT sort.

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