‹ Ödön von Horvath - Foi Amour EspéranceChapitre 5 sur 6 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

LE PRÉPARATEUR. — Vous désirez ?

ÉLISABETH. — Je voudrais parler au responsable.

LE PRÉPARATEUR. — C’est à quel sujet ?

ÉLISABETH. — Une urgence.

LE PRÉPARATEUR. — Un proche, décédé, qui est chez nous ?

ÉLISABETH. — Il ne s’agit pas d’un proche décédé, il s’agit de moi, personnellement.

LE PRÉPARATEUR. — C’est pour quoi, alors ?

ELISABETH. — Les instances responsables, c’est vous, monsieur ?

LE PRÉPARATEUR. — Je suis le préparateur. Vous pouvez vous confier à moi sans crainte.

Un silence.

ÉLISABETH. — Cest que... On m’a dit qu'ici, on pouvait vendre son corps. Absolument. Je veux dire que, quand je serai morte, ces messieurs pourront faire de mon cadavre ce qu’ils voudront, au profit de la science. Sauf que je toucherai l’argent tout de suite. Maintenant.

LE PRÉPARATEUR. — Jamais entendu ça.

ELISABETH. — Puisqu’on me l’a dit, absolument.

LE PRÉPARATEUR. — Qui donc ?

ELISABETH. — Une collègue.

LE PRÉPARATEUR. — Qu'est-ce que vous faites comme métier ?

ELISABETH. — En ce moment, pour dire la vérité, je n’ai pas de travail. Il parait que ça va encore empirer Mais je ne lâche pas pied.

Un silence.

LE PRÉPARATEUR. — Vendre sa propre dépouille. Qu'est-ce que les gens ne vont pas inventer.

ELISABETH. — On n’a pas envie que ça continue comme ça éternellement. LE PRÉPARATEUR. — Quelle aberration.

Il extrait de sa poche un sachet de graines pour les oiseaux et donne à manger aux pigeons qui s’élancent du toit du laboratoire d'anatomie — ils connaissent le brébarateur si bien qu'ils se posent sur son épaule et lui mangent dans la main.

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