‹ Ödön von Horvath - Foi Amour EspéranceChapitre 6 sur 6 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

À présent, le préparateur en chef raccompagne un baron au crépe noir à la porte du laboratoire d’anatomie.

LE PRÉPARATEUR EN CHEF. — Ce sera fait immédiatement, monsieur le baron. Permettez-moi de vous renouveler mes plus sincères condoléances.

LE BARON. — Merci, monsieur le directeur, je m’agonis de reproches.

LE PRÉPARATEUR EN CHEF. — L'enquête du ministère public a pourtant avéré le caractère infondé d’accusations éventuellement portées contre monsieur le baron. Nous sommes tous dans la main de Dieu.

LE BARON. — Certes. Moi qui ai fait Verdun et la Somme, rien ne m’a bouleversé comme cette catastrophe, hier Nous n’étions mariés que depuis trois mois, et c’est moi qui conduisais cette maudite voiture, dans ce virage maudit. Entre Lechbruck et Steingaden. Heureusement, son corps me sera restitué.

LE PRÉPARATEUR EN CHEF, découvrant entre-temps le préparateur — Un instant, je vous prie. {S’approchant très près du préparateur, hurlant.) Vous voilà encore à donner à manger aux pigeons ? Où est-ce que vous vous croyez ? Quel foutoir, tout de même ! Et là-dedans, les doigts et les gosiers qui trainent partout, c’est un poème ! Mettez les deux cœurs et la demi-rate dans le tiroir, s’il vous plaît ! Quel laisser-aller !

LE PRÉPARATEUR. — C’est que. cette demoiselle voulait vendre sa dépouille, monsieur le directeur...

LE PRÉPARATEUR EN CHEF. — Sa dépouille ? Encore ?! Un silence.

LE BARON. — C’est insensé.

LE PRÉPARATEUR EN CHEF. — Dieu sait que nous avons démenti cette rumeur. Nous n’achetons pas de morts de leur vivant. Les gens n’accordent aucun crédit aux communiqués officiels ! Ils se sont mis dans la tête que l’État payerait pour leur cadavre, ils se trouvent si intéressants ! C’est toujours l'Etat qui doit aider, toujours l’État !

LE BARON. — Une conception absolument insensée des devoirs de l'État.

LE PRÉPARATEUR EN CHEF. — Les temps vont changer, monsieur le baron.

LE BARON. — Espérons-le.

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