DANS LES EVÊCHÉS
AVant Tan 1633. la vente et Tachai du Sel étoient aussi libres dans les Evêchés que les autres Marchandises ; le Sel qu*on y débitoit, se tiroit de Lorraine ou de Malines : cependant mal^é cette liberté, quelques Seigneurs obligeoient leurs Sujets 6t Vassaux de Tacheter d'eux ; c'est la raison pour laquelle TEvêque de Metz avoit réservé lors de Taliénation de la Saline de Moyenvic [153j faite au Duc Charles de Lorraine en 1571 . quatre cents muids de*Sel.
C'est ce que M. le Bret remontra au Conseil du Roy en 1626. « Outre plus, Sire, dit ce Magistrat, je; vis la Gabelle sur le Seléiau blie en toutes ces Villes, et spécialement dans Verdun au profit <t des Etrangers, même qu'il y avoit des Officiers créés pour la per- <( ception des Impôts avec défenses aux Habitans tant de la Ville « que de la Campagne, d'user d'autre Sel que de celui de Lorraine, « sur peine d'amende et confiscation, comprenant dans ces termes « généraux le Sel de France ; en effet le Duc de Lorraine faisoit t confisquer le Sel qui en venoit, et les chevaux et équipages, ce « qui ne pouvoit être qu'au préjudice de l'autorité de Votre Majesté, « qui par son titre de Protecteur étoit obligé de conserver la liberté « publique telle qu'elle a toujours été parmi ces Peuples. » Sur ce principe M. le Bret leva les défenses, et donna permission à toutes personnes de prendre indifféremment du Sel pour Içur usage où bon leur sembleroit.
« Tout cela provient, continue-t-il, d'avoir autrefois souffert que « les Evêques de Metz ayent vendu* et aliéné les Salines de Marsal « qui dépendoient de TEvêché de Metz.
Le Roy ayant créé un Parlement à Metz en 1633. et voulant assigner un fonds pour les gages des Officiers qui le composent, établit par Edit du mois de Septembre de la susdite année 1633. la Gabelle à son profit, à Texemple, mais à l'exclusion des Seigneurs et Communautés.
Les trois Ordres s'opposèrent en vain à Texécution [154] de cet Edit ; et n'en ayant pu obtenir la révocation ; les Députés se rédui-
sirent à demander la préférence sur le Fermier, et s'obligèrent de payer au Parlement le prix de Tadjudication qui étoil de 180000. liv. par an.
Ils jouirent l'espace de 12, années pendant lesquelles la Guerre étant survenue, le recouvrement fut troublé, et le Parlement mal payé demanda en t646. la Régie de cette Ferme pour lui tenir lieu de gages ce qui fut accordé ; mais ces Juges peu au fait de cette matière, manœuvrèrent mal ; le désordre augmenta au lieu de diminuer, ils doublèrent le prix du Sel, comptant doubler les produits : le Peuple se mutina en beaucoup d'endroits, et entre autres à Toul ; le mélange des Terres de Lorraine avec celles des Evêchés favorisa le Faux-Saunage, les Troupes et les Habitans le firent impunément ; enfin en 1661. ils suplierent le Roy de reprendre cette Ferme, et de leur accorder un fonds fixe ; depuis ce tems Sa Majesté la fait régir pour son compte.
En 1670. la Gabelle des Evêchés fut incorporée à celle de Lorraine et desunie en 1697. le Roy ayant rendu cet Etat par le Traité de Risvvick.
La Gabelle des Evêchés et les Domaines d'Alsace et de Franche- Comté avoient toujours composé une Ferme particulière séparée des Cinq Grosses Fermes ; mais la Compagnie des Indes ayant reconnu que le Pays faisoit un versement trés-ruineux aux Gabelles de Champagne et de Bourgogne, la fît réunir à la Ferme générale en 1720. Elle en fut encore séparée en 1724. sous le nom de Guillau, et réunie en 1726. par les mêmes raisons que cy- dessus, et il en sera toujours de l'intérêt du Roy qu'elles demeurent jointes.
[155] Les Sels qui se consomment dans les Evêchés et dans une partie de l'Alsace se tirent de Moyenvic où il y a* des sources .salées desquelles le Sel s'extrait par le moyen du feu.