‹ OEconomiques, 1745. Pub. avec introduction et table analytiqueChapitre 69 sur 168 · ET LES ENFANS TROUVÉS · texte numérisé non relu

ET LES ENFANS TROUVÉS

n le Crédit Public éioit solidement établi ; si Ton pouvoi' parvenir à maintenir, dans la disette comme dans Fabon dance, la valeur du prix des grains dans une proportion convenable aux dépenses de la culture des terres, et à In subsistance du Peuple, il est certain que la misère diminueroit, et par conséquent le nombre des véritables Mendians.

A regard de ceux qui le sont de profession et par état, on ne peul espérer d'en purger la société que par une Police sévère. Il y a des hommes assez mauvais pour se livrer à la fainéantise, par f;oût, par choix et par libertinage ; et d'autres, assez bons et assez simples pour se laisser surprendre à lart que ces misérables svavent employer pour les toucher et les attendrir. C'est cette espèce de mendicité qui défigurera perpétuellement la société, quelque soit la richesse de TRtat, si Ton ne se met en devoir de Tempêcher.

11 n'y a point de vice contre lequel les Auteurs sacrés et profanes, se soient plus élevés que contre celui de [248J Toisiveté : Salomon, TEcIes. Ezechiel, S. Paul aux Tess. nous représentent sous difTérens emblèmes, le fainéant et le paresseux, comme Thomme du monde le plus indigne, le plus vil et le plus méprisable, dont la nature du crime indique la punition ; qai non laborat non manducet.

Suivant Platon, ces hommes inutiles sont les frelons et les guêpes de la République ; non-seulement ils nuisent par leurs aiguillons, mais encore ils troublent les abeilles dans leurs travaux, et dévorent leur subsistance. .

L'oisiveté est la plus grande ennemie de la discipline ; c'est une prévarication continuelle à la Loy de Dieu et à celle de la nature : L« fainéant est plutôt un cadavre qu'un homme vivant, c'est un Collection des Économistes. — Dupin. 12

flambeau qui ^'éteint dans le repos, el qu'il faut agiter pour le rallumer : Vade ad formicam, ô piger ^ et considéra vias ejus et disce sapienliam, etc, et veniet quasi viator egestasj et pauperies quasi vir armatus ; si vero impiger sueris, veniet ut font messis tua, et egestas longé fugiet à te. Prov. 6. v. 24. 33. id.

Dans un Etat bien policé, un des meilleurs moyens d'entretenir la multiplication des personnes, nécessaires aux travaux des la campagne et des arts, est de châtier ceux qui, par leur naissance et leur condition, étant destinés à ces professions s'adonnent à la fainéantise, qui conduit à la mendicité ou au crime, et souvent à l'un et à l'autre ; aussi les Loix Divines et celles des Gouverne- ^ mens anciens et modernes, y ont-elles pourvu, dès les premiers temsde la création du monde, et de la fondation des Empire>.

Si notre premier Père fut placé dans le Paradis-Terrestre, ce ne fut que sous la condition qu'il y travailleroit ; Posuil euni in Paradiso voluptatis^ ut operatur. Gen, 2. 15.

i'249] Menés, premier Roi d'Kgypte, que l'on croit être Misraîm fils de Cham père des Egyptiens, n'oublia pas dans les belles Loix qu'il donna à ses peuples, de faire des Réglemens pour prévenir la mendicité; il ordonna à chacun d'aller chez les Magistrats qu'il a voit établis à cet effet, pour y faire déclaration de sa profession, et d'où il tiroit sa subsistance, et si quelqu'un éloit convaincu d'avoir déclaré faux, il étoit puni de mort.

Les Loix de Menés passèrent aux Grecs; Draco premier Lejïislateur des Athéniens, leur défendit Toisiveté à peine de la vie ; Solon les abolit k cause de leur extrême sévérité, mais il laissa subsister dans sa force, celle qui regardoit l'oisiveté.

IjCs Romains ne furent pas plus indulgens pour ce vice; Romulus, fondateur de leur fameux Empire, fît une loi expresse, qui enjoignit au Peuple de s'appliquer à Tagriculture ef aux arts proRtables ; et les Empereurs Gratien, Valeatinien et Théodore, mirent au rang des oisifs punissables, les mendians valides, qui aiment mieux demander l'aumône, et mener une vie libertine et vagabonde, que de travailler ; privans, par cette espèce de vol, les véritables pauvres du pain et de la subsistance due à leur âge, à leur impuis> sance et à leurs infirmités ; et ils ordonnèrent aux Présidens <les Provinces, de les purger de ces dangereux Citoyens, pour y maintenir la paix et lu tranquillité. Des gens qui n'ont rien à perdre, n'ont rien à ménager, et sont toujours prêts à se porter à toutes sortes d'excès.

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Il devroit être interdit à tout particulier de faire Taumône ; et ceux qui (ransgresseroient cette loi, devroient être punis comme fauteurs et complices de tous les crimes et désordres, dont les mendians valides seroient 12501 trouvés coupables, puisque par ieurs charités indiscrètes, ils fournissent à ces misérables les nnoyens de perpétuer le dommage qu'ils causent à la société.

Si les revenus publics sont suffisans pour nourrir les Pauvres, Taumône est inutile ; s'ils ne le sont pas, c'est au Souverain à y pourvoir, en y faisant contribuer les riches et aisés, suivant leurs moyens et facultés, comme on le fait à Paris, où chaque maison paye à proportion de son loyer ; en sorte que sans les Pauvres du dehors, et avec un peu plus de police pour ceux du dedans, il y auroit de quoi fournir abondamment à leur subsistance.

« Un particulier sans autorité, par son infatigable vigilance, sçait « occuper, avec succès, à tous momens, les Pauvres que la Provi- « dence a confiés à ses soins : homme charitable, il fuit Taumône ; a homme d'état, il donne à travailler. C'est l'éloge que l'Auteur de a l'Essai sur le commerceet la marine, fait de M. le Curé de S. Sul- 'c pice : Eloge mérité, exemple peu suivi.

Il y a une espèce de cruauté à fui re des aumônes gratuites aux mendians valides ; c'est les accoutumera l'oisiveté, et à tous les vices dont elle est la mère : <c Interrogez, dit l'Auteur ci dessus cité, les sce- « lerats que la Justice est obligée de faire expirer dans les suplices, a ce ne sont point des Artisans ou des Laboureurs, les travailleurs pensent au travail qui les nourrit; ce sont des oisifs que la débauche et le jeu, enfans de l'oisiveté, ont portés à toutes sortes de crimes.

La manière la plus utile de soulager ceux qui sont de bonne volonté, est de leur fournir du travail, de leur acheter les outils de leur métier, et d'en faire apprendre à leurs enfans, pour les mettre en état de gagner [25iMeur vie : Toute autre manière de faire l'aumône est indiscrète, imprudente, blâmable et préjudiciable à la* société. Bealus qui inteltigit super eyenum et Pauperem, Pf.

Les Gens d'Eglise conseillent aux Riches de faire des aumônes de leur superflu, mais ces aumônes produisent un effet opposé aux motifs qui dirigent le conseil et Taction ; l'un et l'autre sont contraires à la saine politique et au bien de l'Etat ; ils nourrissent la fainéantise et la paresse, et ils accoutument le peuple à l'oisiveté et à la mendicité.

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Les Princes, les Seigneurs et les Particuliers mus par ces conseils, ont fait anciennement diverses fondations, et attaché des biens considérables à des Prieurés, Bénéfices et Monastères, pour faire, pendant certains tems de Tannée, des aumônes aux Pauvres, d'une ou de plusieurs Paroisses voisines. Il y en a même qui ont ordonné que tous les mendians qui se présenteroient y eussent part, sans distinction de lieux : il y a des endroits où ces aumônes durent deux ou trois mois etplus; ces établissemens, ouvrages respectables d'une piété mal conduite, sont devenue, pour la plupart une occasion de désordre, de scandale et de fainéantise; les habitans de ces lieux, assurés de leur subsitance, sans y contribuer par leur travail, ont négligé l'agriculture et les arts, et Ton voit que plus ces aumônes sont considérables, parle tems qu'elles durent, et la qualité de ce que Ton y distribue, plus le voisinage est pauvre, et le labourage abandonne. D'ailleurs les Mendians de profession, instruits par une espèce de journal qu'ils se traduisent de main en main, des époques de ces distributions, fatiguent la campagne par des courses continuelles, privent le pais d'Ouvrier;», et deviennent le fardeau de [252] l'Etat, pendant qu'ils devroient aider à le soutenir. Comme ces abus sont diamétralement opposés aux principes d'un bon Gouvernement, et à tous les Réglemens faits pour bannir la mendicité, seroit-ce un mal, et aller contre Tintenlion des Fondateurs, d'empêcher la mauvaise dispensation de leurs bienfaits, et d'en faire une application plus conforme à la raison et à l'utilité publique?

Indépendamment de cette utilité, quelle ditîormité dans THtat, de voir une multitude de fainéans et de vagabonds, courir de ville en ville et inonder les campagnes, qu'ils pillent, ou mettent à contribution, parleurs quêtes, par leurs gîtes, et autres commodités qu'ils exigent insolemment, et que la crainte et les menaces d'être incendiés ne permet pas de refuser ? Quel spectacle pour les étrangers ! quelles idées ne sont-ils pas en droit de se former à la vue d'un peuple de mendians ? Ils nous ont déjà laissé voir par difTérens écrits, combien la réputation de l'Etat y est intéressée. Quelle incommodité pour les Citoyens, de ne pouvoir vaquer en liberté à leur salut, à leurs alTaires, ou à leur délassement ; s'ils paroissent dans les Eglises, dans les rues, aux promenades, ils sont environnés d'une multitude de mendians qui se succèdent sans interruption, qui les poursuivent et les forcent à la retraite parleurs impor-

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tunilés. Les Palais du Souverain et les lieux les plus reculés, ne sont pas à Tabri de cette persécution ; les cris les plus perçants et les plus lamentables, Todeur la plus insoutenable, que 'la malpro- *preté puisse causer, l'étalage le plus dégoûtant de maux feints ou véritables ; enfin, tout ce que le tableau le mieux composé de la misère et de la douleur peut présenter de plus afUigeant, forme maintenant un art et une [2531 profession nombreuse dans TEtat. Si quelques-uns sont véritablement disgraciés de la nature, ils y ajoutent tout ce que l'imagination peut leur suggérer, pour se rendre encore plus hideux ; d'autres, sont chargés ou entourés d'enfans qui leur appartiennent, ou qu'ils ont empruntés ou volés, et ils croyent avoir suffisamment pourvu à leurs dottes et à leur établissement, en les estropiant ; ensorte que le plus contrefait est celui dont la fortune est la plus assurée : un cul de jatte est parmi eux un riche parti

L'incommodité et le dégoût ne sont pas les plus grands maux que cette misérable et nombreuse profession caiise à la société. Je ne parle point de leurs mœurs abominables, c'est l'affaire des Pasteurs ; je ne parle pas non plus de leurs vols et de leurs assassinats, ces malheurs ne tombent que sur quelques particuliers ; mais ce qui regarde tout le monde, c'est la salubrité de l'air, qu'un si grand nombre de gens, tels qu'on vient de les dépeindre, est capable de corrompre et d'infecter; ils ont porté ou fait naître la peste par toutou on les a soufferts. En 1596. ils en causèrent une si terrible à Paris, qu'elle enlevoit les Citoyens par centaines ; le Parlement leur ordonna par Arrêt du 29. Aoust, d'en sortir dans vingt-quatre heures, et de se retirer dans les lieux de leur naissance, à peine d'hêtre pendus sans autre forme ni figure de procès. Ils en causèrent une autre à Rouen en 1622. qui ne fut pas moins meurtrière ; le Parlement de cette Ville rendit un semblable Arrêl, excepté qu'il ne prononçoil que la peine des galères. Ces deux exemples sont les plus marqués, mais l'histoire nous apprend qu'ils ne sont pas-Ies seuls; quand ce mal terrible s'est une fois déclaré, il est presque sans remède ; il faut qu'il exerce sa fureur dans toute son étendue : [254] n'est- il pas plus sage de le prévenir que de l'attendre ?

L'Empereur Galérien fit une fois rassembler tout ce qu'il pût de ces mendians de profession, il les fit mettre dans des barques et tous jetter à la mer : C'est un exemple cruel que je ne cite pas pour être suivi, nous pouvons les conserver et en tirer de l'utilité, soit

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en les assujettissant à des travaux publics, soit en les employant à des ouvrages de Manufacture, dans des maisons de force, soit enfin, par d'autres expédiens compatibles avec Thumanité et la douceur de nos mœurs ; mais la sévérité excessive de cet Empereur, fait connoître combien dans tous les tems les Gouvernemens policés ont eu en horreur la mendicité volontaire, puisqu'ils ont employé des moyens si violens pour en arrêter le cours.

En voyant le désordre qui subsiste actuellement, on imagineroit qu'il n'est pas connu du Gouvernement et de ceux qui sont préposés au maintien de cette partie intéressante de la police de TEtat ; cependant rien n'est moins ignoré ni plus différemment exprimé dans les Déclarations qui ont été rendues à ce sujet, celle du 21. Octobre 1686. en fait un ample récit, et condamne les mendians valides aux galères pour cinq ans ; celle du 28. Janvier 1687. expose un pareil tableau, et prononce des peines contre l'un et l'autre sexe ; sçavoir, les galères perpétuelles pour les hommes, le fouet, la flétrissure et le bannissement pour les femmes, lorsque les uns ni les autres n'auront point de domiciles ; et pour ceux qui seront domiciliés, les mêmes peines à la troisième récidive seulement. Nous passerons sous silence cette multitude d'autres Réglemens et Ordonnances antérieurs et postérieurs, dont les Recueils d'Arrêts sont remplis pour venir à la Déclaration du 18. Juillet

[255^ Jamais il n'avoit paru de Règlement qui fit mieux connoître, combien le ministère étoit convaincu de tous les maux que la mendicité entraîne après elle, ni qui donnât plus d espérance de la voir finir.

L'article premier ordonne aux Mendians valides, tant hommes que femmes, de prendre dans quinze jours, pour tout délai, un emploi pour subsister de leur travail, soit en se mettant en condition pour servir, soit en travaillant à la culture des terres, ou autres ouvrages dont ils peuvent être capables ; et enjoint aux Mendians invalides, même aux enfans, nourrices et femmes grosses, de se présenter dans le susdit tems aux Hôpitaux les plus prochains de leurs demeures, où ils seront reçus gratuitement, et employés au profit desdits Hôpitaux à des ouvrages proportionnés à leurs âges et à leurs forces ; et que dans le cas où les revenus des Hôpitaux ne seroient pas suffisans, Sa Majesté y pourvoiroit de ses propres deniers. Les autres articles contiennent des dispositions de Police

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qui sont également sages ; cependant le tout est demeuré sans exécution, ou du moins ne l'a été que très-imparfaitement par plusieurs raisons.

1° Le nombre des Mendians étoit si grand, que les Hôpitaux n'ont pu les soutenir ; ce qui a forcé d'en ouvrir les portes.

2* La plupart des Administrateurs ne recherchant cette qualité que par honneur, et les autres en étant incapables, les premiers n'ont pas voulu, et les seconds n'ont pu entretenir Tordre et la correspondance.

3® Les peines prescrites pour la discipline intérieure des Hôpitaux n'ont point été infligées, les Administrateurs de l'une et l'autre espèce, ayant dit qu'il n'étoient pas des geôliers, et même ils ont fait ouvrir les portes à des [256^ Mendians condamnés à un renfermement perpétuel.

4^ Les travaux ordonnés au profit des Hôpitaux, n'ont été, ni suivis, ni dirigés convenablement, et il n'en est presque résulté aucun profit.

5® La nourriture et entretien des Mendians étoit trop chère dans les Hôpitaux, et les fonds insuffisans.

6^ En quelques endroits il y a eu de l'infidélité dans la gestion des Administrateurs, et presque par tout, jaloux de leur indépendance, ils n'ont pu se soumettre à la subordination, et à Texamen ausquels on a voulu les assujettir.

7" Enfin, les opérations indiquées par cette Déclaration, étoient en général au-dessus de la capacité de ceux à qui l'exécution en avoit été confiée.

Les désordres infinis de la mendicité, non-seulement ont engagé le Gouvernement à faire en différens tems des efforts pour en arrêter le cours, comme on peut le voir par les susdites Ordonnances, mais encore des Citoyens zélés ont recherché avec soin, les moyens qu'ils ont cru les plus capables de suppléer à ce que les Ordonnances pourroient avoir obmis, et aux défauts qui pourroient avoir été la cause de leur peu d'utilité : J'ai vu plusieurs de ces ouvrages; tous partant d'un bon principe, ne peuvent manquer de contenir de bonnes choses ; mais il y en a deux entr'autres, dressés par deux Magistrats, qui ont exercé différentes Intendances, lesquels offrent (les moyens solides, et dont on pourroit composer un Règlement général, Capable de procurer tous les avantages que Ton a recherchés jusqu'à présent sans succès. Je vais donner l'extrait de l'un et de l'autre.

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