‹ OEdipe et le sphinx; tragédie en trois actesChapitre 28 sur 39 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

ŒDIPE, seul, au seuil de la caverne.

Le roc s'est-il ouvert pour engdoutir le monstre ou bien s'est-il évaporé dans l'air ?

L'exploit est accompli, me voici roi de Thèbes ; et quand on parlera des héros bienfaiteurs, nul n'oubliera Œdipe qui devina l'énigme,

et contraignit le Sphinx à se précipiter.

Tu m'as choisi pour la délivrance de Thèbes,ô Phébus!

Pourquoi, sur ma mission, suspendre la menace atroce?

Il me fallait peut-être cette force, fille du désespoir !

Sans l'odieuse prophétie, tranquille héritier de Corinthe,

j'aurais coulé des jours sans gloire.

L'infortune, accoucheuse insigne,

met seule au jour le fruit que nous portons.

La muse de l'action s'appelle la détresse.

Elle ne descend pas dans les foyers paisibles,

l'inspiration des grands desseins.

Mon exemple dira qu'au livre obscur du sort

la main de l'homme peut écrire son vœu.

Tu vivras, tous tes jours, ô Polybe, ô mon père ;

la seule main du temps te poussera vers le tombeau.

Il fallait bien t'aimer,ô Mérope,ô ma mère,

pour te fuir, sur la foi d'un oracle.

Adieu, Corinthe, enfance heureuse

et paternel foyer ; je dois vous oublier.

Salut, ville aux sept portes, ma ville...

Mon cœur se tourne entier vers toi, Jocaste.

Ah ! L'aurore sera belle pour Œdipe !

Mais une fatigue invincible accable tous mes sens.

Cette extrême tension de l'esprit m'a lassé.

Hercule s'endormit au milieu des tronçons

épars et convulsés de l'hydre,

Œdipe dormira à la place du Sphinx.

Il s'endort.

Page 1