SCÈNE i ŒDIPE, LYCHAS
ŒDIPE, absorbé.
Celui qui porte, dans son cœur, l'enseignement du temple,
l'exemple du foyer, les baisers de sa mère ;
et s'étudie à la sagesse, depuis qu'il se connaît ;
ce juste deviendrait scélérat, tout à coup ! Dérision !
En vain, je déteste le crime ; Apollon m'y condamne!
Mon cerveau ne le conçoit pas ; ma main l'accomplira !
Dérision Olympienne!
LYCHAS Quelle atroce pensée l'obsède !
ŒDIPE, exalté.
Immortels ! obscurcissez le mystère de votre essence,
restez impénétrables et glorieux et bienheureux ;
sur nos âmes régnez, mais ne les troublez pas méchamment;
et vous même, ô Dieux, obéissez à la justice!
Sinon, croulent les temples sur leurs mystères abolis;
que le dernier autel devienne la margelle d'un puits;
et que l'instinct, comme avant Prométhée,
règne partout et nous ramène à l'animalité.
Mais, s'il est vrai que, par la volonté,
l'homme conquiert une plus grande dignité ;
si Hercule eut raison de suivre la vertu,
Achille, de préférer la gloire ;
si la justice enfin, préside aux destinées :
expliquez-moi la mienne, tyrans célestes?
LYCHAS Œdipe, au nom des Dieux !
ŒDIPE Qui m'appelle? Toi, Lychas. Ici?
LYCHAS Reviens à Gorinthe, ô Prince!
ŒDIPE Jamais, jamais !
LYCHAS Ecoute la raison! Écoute l'amitié.