PREMIER ACTE ŒDIPE
Va-t-cn !
LYCHAS Qui l'eût cru, en le voyant assis à ce festin, que tu le quitterais sous le fouet des Furies.
Tu étais là, Lychas, et tu as entendu?...
LYCHAS Ce propos d'un buveur stupide, tu ne peux l'oublier?
ŒDIPE Je veux l'entendre encor !
LYCHAS Ce convive, échauffé par le vin, dit, en te regardant, que plusieurs ignoraient leur vrai sang- ; qu'on voyait des enfants trouvés, au pied du trône; « Toi-même, Œdipe, » cria-t-il, « es-tu fils de Polybe ? »
ŒDIPE Je saisis une amphore....
LYCHAS On arrêta ton bras.
ŒDIPE Dès l'aube, j'éveillai mes parents, je racontai l'affront ; ils s'indignèrent, jurant que j'étais bien leur fils, et qu'ils m'aimaient.
LYCHAS
Ni protestations ni caresses ne dissipèrent ton souci .
ŒDIPE
11 est dans ma nature d'aller au fond des choses,
et de pousser toute aventure au dénouement.
Je m'élançai sur la route de Delphes.
Je trouvai de sombres pontifes
qui voulurent d'abord m'écarter.
Je criai, j'implorai, je menaçai,
i'obtins une réponse épouvantable ?
LYCHAS Oserai-je t'interroger?
ŒDIPE C'est un secret terrible entre moi et les D îcux.
LYCHAS
Tu as fait un serment et tu vas l'accomplir Tu reviendras ensuite ?
ŒDIPE
Jamais, jamais, te dis-je.
LYCHAS
Song-e à tes vieux parents qui déjà se désolent,
à ton père Polybe, ce vénérable roi, à Mérope,ta mère!
ŒDIPE
On me cherche : on s'inquiète à cette heure. Sans ma folle démarche au prophétique sanctuaire,
PREMIER ACTE l3
je serais cncor à Corinthe, près de mes chers parents. Hélas! — Pourquoi m'as-lu suivi ?
LYCHAS
Je t'ai vu quitter le palais dans un accès de frénésie. J'ai craint l'éclat de ton irascible nature.
ŒDIPE Tu m'as suivi ; tu l'as osé ?
LYCHAS
A Delphes, quand tu sortis du temple,
ton visage éperdu m'effraya : tu semblais insensé.
Tes pas précipités t'éloignaient de Corinthe ;
tout le jour, j'ai marché dans ton ombre:
voici le soir venu
ŒDIPE
Quitte-moi ! Je l'ordonne !
LYCHAS
Que dirai-je à ton père, à mon roi ?
ŒDIPE, attendri.
Dis-lui,Lychas. (violent.).... Non! Va-t'en,
ta présence augmente mon souci !
Ne me réplique rien ! Ma colère est terrible !
Malheur à qui voudrait me barrer le chemin.
Obéis, disparais, si tu tiens à la vie ,
car je suis furieux, et je te frapperais.
Œdipe le chasse.