‹ OEdipe et le sphinx; tragédie en trois actesChapitre 30 sur 39 · SCÈNE V ŒDIPE endormi, JOCASTE, LE CHŒUR · texte numérisé non relu

SCÈNE V ŒDIPE endormi, JOCASTE, LE CHŒUR

Avec hésitation et prudence, le chœur s'est rangé du côté opposé à la caverne, en silence. Puis, paraît JOCASTL. L'aube commence à poindre.

JOCASTE

Cet homme qui, vainqueur, devenait mon époux,

esprit aventureux, confiant en lui-même, dois-je donc le pleurer?

O douleur, déjà, je l'aimais!

Devant l'issue fatale, ou bienheureuse,

j'ai jeté le manteau de pourpre sur ma robe de deuil.

Oh ! l'affreux carrefour, je frissonne,

mais l'angoisse l'emporte sur l'horreur.

Il me fut cher sitôt que rencontré, ce téméraire.

Voici la caverne terrible ! Qui va paraître,

le Sphinx, ou bien mon glorieux époux ?

ŒDIPE, se réveille et se soulève

Réveil prestigieux, aurore d'une vie nouvelle,

Belle aube, mon cœur te salue, enivré.

O recommencement heureux de mon destin,

Oracle conjuré, innocence conquise,

et de la volonté, admirable succès!

JOCASTE

Dieux bons ! Dieux protecteurs! Dieux justes!

A la place du monstre, le héros se dresse rayonnant.

ŒDIPE Victoire à Thèbes et gloire à Apollon !

LE CORYPHÉE Victoire à Thèbes ! Victoire !

ŒDIPE Thébains, saluez votre roi !

Et toi, Jocaste, reconnais ton époux.

JOCASTE Thèbes est sauvée ! Gloire à Phébus !

OEDIPE Fils de Cadmus, approchez-vous sans crainte de cet antre. J'ai confondu le Sphinx; la route est libre!

JOCASTE Sauveur de Thèbes, ô mon époux, viens recevoir le sceptre et mon embrassement !

ŒDIPE Ce rocher est mon trône à moi ; je t'y convie, Jocaste !

JOCASTE Héros béni des Dieux, reçois le sceptre et reçois-moi !

ŒDIPE, attire Jocaste sur le rocher et prend le sceptre. Epouse aimée, ce sceptre, dans ma main, te laisse aussi puissante qu'en la tienne.

Au chœur.

0 vous, qui vivrez désormais sous ma loi, gardez L'enseignement de l'heure solennelle! La volonté c'est la divinité dans l'homme ! Je parus, hier, parmi vous, inconnu, étranger; et je vais rentrer roi dans la ville aux sept portes. Depuis combien d'années vous subissiez le joii^- sanglant du monstre : vous voilà délivrés! Ne désespérez donc jamais du sort :

la justice est L'âme des Dieux, et la prière qu'ils exaucent toujours, ô Thébains! c'est l'effort !

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