SCÈNE V ŒDIPE endormi, JOCASTE, LE CHŒUR
Avec hésitation et prudence, le chœur s'est rangé du côté opposé à la caverne, en silence. Puis, paraît JOCASTL. L'aube commence à poindre.
JOCASTE
Cet homme qui, vainqueur, devenait mon époux,
esprit aventureux, confiant en lui-même, dois-je donc le pleurer?
O douleur, déjà, je l'aimais!
Devant l'issue fatale, ou bienheureuse,
j'ai jeté le manteau de pourpre sur ma robe de deuil.
Oh ! l'affreux carrefour, je frissonne,
mais l'angoisse l'emporte sur l'horreur.
Il me fut cher sitôt que rencontré, ce téméraire.
Voici la caverne terrible ! Qui va paraître,
le Sphinx, ou bien mon glorieux époux ?
ŒDIPE, se réveille et se soulève
Réveil prestigieux, aurore d'une vie nouvelle,
Belle aube, mon cœur te salue, enivré.
O recommencement heureux de mon destin,
Oracle conjuré, innocence conquise,
et de la volonté, admirable succès!
JOCASTE
Dieux bons ! Dieux protecteurs! Dieux justes!
A la place du monstre, le héros se dresse rayonnant.
ŒDIPE Victoire à Thèbes et gloire à Apollon !
LE CORYPHÉE Victoire à Thèbes ! Victoire !
ŒDIPE Thébains, saluez votre roi !
Et toi, Jocaste, reconnais ton époux.
JOCASTE Thèbes est sauvée ! Gloire à Phébus !
OEDIPE Fils de Cadmus, approchez-vous sans crainte de cet antre. J'ai confondu le Sphinx; la route est libre!
JOCASTE Sauveur de Thèbes, ô mon époux, viens recevoir le sceptre et mon embrassement !
ŒDIPE Ce rocher est mon trône à moi ; je t'y convie, Jocaste !
JOCASTE Héros béni des Dieux, reçois le sceptre et reçois-moi !
ŒDIPE, attire Jocaste sur le rocher et prend le sceptre. Epouse aimée, ce sceptre, dans ma main, te laisse aussi puissante qu'en la tienne.
Au chœur.
0 vous, qui vivrez désormais sous ma loi, gardez L'enseignement de l'heure solennelle! La volonté c'est la divinité dans l'homme ! Je parus, hier, parmi vous, inconnu, étranger; et je vais rentrer roi dans la ville aux sept portes. Depuis combien d'années vous subissiez le joii^- sanglant du monstre : vous voilà délivrés! Ne désespérez donc jamais du sort :
la justice est L'âme des Dieux, et la prière qu'ils exaucent toujours, ô Thébains! c'est l'effort !