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CHAPITRE XXX

Tout à coup les mégères semblèrent indécises; les guerriers, appuyés sur leurs armes, eurent l'air d'attendre avec dignité quelque événement imprévu. Le Chêne-Fendu fit un geste pour recommander que personne ne bougeât, et Judith parut au milieu des guerriers.

Si Nathaniel fut surpris de voir la jeune fille qui n'avait pas la même sauvegarde que sa sœur, il ne le fut pas moins du costume dont elle s'était revêtue. Elle avait mis la magnifique robe de brocart que nous avons déjà mentionnée, et toute sa toilette était aussi recherchée que celle de la plus grande dame. Ses pieds, sa tète, ses bras, son corsage, étaient parés avec un goût exquis, et les manières élégantes qu'elle tenait de sa mère étaient en parfaite harmonie avec ses ajustements. Elle s'était proposé d'impressionner les sauvages, de leur en imposer, et de leur persuader qu'elle était une femme de qualité. Au reste, la classe opulente d'une grande ville aurait fourni difficilement une beauté plus digne de porter de riches dentelles et le satin lustré.

Judith ne s'était pas trompée sur l'effet qu'elle devait produire. Le danger qu'elle courait fut, jusqu'à un certain point, compensé par la surprise et l'admiration qu'elle excita. Les vieux guerriers farouches proférèrent leur exclamation favorite : Hug! Les jeunes gens éprouvèrent une émotion plus visible encore et les femmes même laissèrent éclater leurs transports. Il était rare que ces naïfs enfants de la forêt vissent des blanches d'une condition relevée, et jamais costume aussi éblouissant n'avait brillé devant leurs yeux. Les plus éclatants uniformes, français ou anglais, semblaient sombres comparativement au brocart; et si l'effet de ses nuances était rehaussé par la rare beauté de Judith,, en revanche il lui prêtait des charmes qu'elle-même n'avait point pressentis. QEil-de-Faucon

fut Stupéfait, tant de l'éclat de la jeune fille que de l'indifférencG avec laquelle elle bravait la mort.

— Lequel de ces guerriers est le principal chef? demanda Judith à Nathaniel, quand elle vit que tout le monde attendait d'elle des explications. Mon message est trop important pour être remis à des subalternes. Expliquez d'abord aux Hurons ce que je dis.

Œil-de-Faucon obéit, et ses auditeurs écoutèrent avec avidité les premiers mots émanés de l'étrange inconnue. Sa demande sembla conforme à la supériorité apparente de son rang. Le Chêne-Fendu se présenta pour répondre de manière à ne pas laisser douter qu'il fût le chef de la tribu.

— Que la Fleur-des-Bois parle, dit-il; si ses paroles sont aussi agréables que ses regards, elles ne quitteront jamais mes oreilles. Je les entendrai longtemps après que l'hiver du Canada aura tué les fleurs et glacé toutes les harmonies de

l'été.

La vanité de Judith fut flattée de cet hommage. Quoiqu'elle voulût garder un air de réserve, elle ne put s'empèchor de

sourire.

— Huron, ajouta-t-elle, écoutez-moi. Vos yeux vous disent que je ne suis pas une femme ordinaire. Je ne suis pas la reine de ce pays; elle est loin d'ici. Mais il est au-dessous d'elle des rangs distingués, et j'en occupe un. Je n'ai pas besoin de vous dire précisément lequel, puisque vous ne me comprendriez pas. Rapporlcz-vous-en ù vos yeux et songez que vous aurez en moi une auiie ou une ennemie., suivant votre conduite à mon égard.

Ces mots furent prononcés avec un aplomb qui aurait fait honneur à l'actrice la plus consommée, et traduits en indien, ils furent respectueusement accueillis. Le Chène-Fendu répondit après un intervalle exigé par l'étiquette des indigènes, et qui était censé consacré à peser les paroles entendues.

— Ma fille est plus belle que les roses sauvages de l'Ontario, dit le chef astucieux, qui seul entre tous écliappaii à la fascination, sa voix est douce comme le chant du roitelet. L'oiseau-mouche n'est pas beaucoup plus gros qu'une abeille,

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