DELGRÈS A LUI AVOUER SON AMOUR
Afin de bien faire comprendre au le&teur la scène qui va suivre, il est indispensable que nous entrions dans certains détails sur la ligne de démarcation infranchissable qui, aux colonies, à l'époque où se passe notre histoire, — peut-être en-est-il encore ainsi aujourd'hui, il faut des siècles pour déraciner un préjugé ; plus il est absurde, plus il a des chances de durée, — la ligne infranchissable de démarcation, disons-nous, qui séparait fatalement entre elles les différentes races et les empochait, non-seulement de se confondre, mais môme de se mêler.
Notre ouvrage ayant surtout pour but de faire connaître les mœurs des Antilles françaises au commencement du dix-neuvième siècle, il serait incomplet si nous passions légèrement sur les motifs qui ont amené cette funeste et si regrettable séparation.
Dans les colonies françaises de l'Atlantique, telles que la Martinique et la Guadeloupe, par exemple, la population se résume à trois espèces bien distinctes d'individus : les blancs, les noirs et les mulâtres.
Ces trois espèces sont caractérisées en ces termes par les nègres, grands amateurs d'apophthegmes :
Le blanc, c'est l'enfant de Dieu ; le nègre, c'est l'enfant du diable ; le mulâtre n'a pas de père.
Paroles qui se réduisent à cette vérité :
Les blancs forment une race d'élite, les noirs une race inférieure; mais les mulâtres sont un produit bâtard des deux premières, ils n'ont pas d'aïeux de leur espèce, et ne peuvent point se reproduire sans s'effacer.
En effet, les mulâtres sont toujours fils d'un blanc et d une négresse, et non pas fils d'un nègre et d'une blanche. *
Ceci est un trait caractéristique de la femme française des colonies, trait qui mérite d'ôtre noté ; jamais on n'a cité et jamais, nous en avons la conviction, on ne citera une blanche créole qui se soit alliée à un nègre.
Et cela pour cent raisons, dont chacune est péremptoire ; nous en noterons ici quelques-unes, uniquement pour les européens, car si notre livre parvient aux colonies, les dames créoles trouveront monstrueux la nécessité moine crime explication sur un tel sujet, et nous sommes complètement de leur avis ; aux Antilles.
Jamais un nègre n'a été pour une blanche des colonies qu'un Africain fort Jaid, assez grossier, médiocrement propre et d'une odeur passablement suffocante.
La race juive, qui s'est toujours conservée pure, est physiquement douée, comme on sait, d'un montant assez prononcé ; mais ce montant se trouve porté chez le nègre à un degré de développement tel, qu'il constitue pour les blancs une infirmité naturelle.
Il est impossible de passer près d'un nègre, même à dix pas, sans être saisi par son odeur ; une odeur chaude musquée, nauséabonde, odeur congéniale et permanente, à laquelle tous les bains du monde ne font rien.
Et puis, quoi qu'il fasse, le nègre est toujours fort mal dégrossi; ses pieds sont monstrueux et ridicules, le sauvage d'Afrique vit toujours en lui ; il n'a ni père connu, ni famille, ni ami; sa religion est pleine d'en* fantillages : enfin le nègre ne possède pas les proportions qui constituent la beauté physique, ou le charme moral, aux yeux des blancs ; il est ridicule ou effrayant ; il fait rire, ou il fait trembler ; l'alliance d'une blanche et d'un nègre n'est donc pas une chose qui se puisse supposer ; peut*être cela changera-t-il plus tard, nous en doutons.
A l'époque où se passe notre histoire, les choses étaient ainsi ; les nègres n'étaient nullement blessés de cette exclusion que les femmes blanches leur faisaient subir ; ils l'acceptaient et la trouvaient juste ; l'alliance d'une blanche avec un nègre était considérée par eux comme une dégradation monstrueuse de la part de la femme.
Nous ferons observer que nous ne parlons ici que des colonies françaises ; dans les colonies anglaises, il existe certaines différences dans les mœurs, différences peu sensibles, il est vrai, mais dont nous n'avons pas à nous occuper.
L'esclavage est un fait nuisible en môme temps qu'il est inique; nous sommes avec l'économie politique, avec la philosophie, avec la morale pour le répudier et