LA RÉUNION
Ils étaient tous venus ainsi qu'à l'ordinaire Et sous la lampe bleue et dans le bruit du thé Ils causaient avec moi des choses coutumières... Mais je n'avais pas dit qu'elle m'avait quitté...
Mon salon conservait l'odeur de sa jeunesse Et tous à chaque instant croyaient la voir venir. Je savourais tout seul cette espèce d'ivresse Qui font des amitiés avec les souvenirs.
Lorsque quelqu'un sonnait je m'écriais : « C'est elle Sachant que jamais plus elle ne sonnerait... Le cœur de mes amis lui demeurait fidèle Et pour elle un concert de louanges montait.
Ah ! pourquoi le cacher ! Je voulais bien leur dire. Mais pas encor ! Il me semblait qu'en le disant Je perdais un peu plus ses yeux et son sourire. Que l'on me retirait les doux et chers présents...
LES BELLES DE NUIT l3
« Elle ne peut tarder, c'est son heure, disais-je... Mais ma voix tout à coup sonna si faussement Qu'un silence pesant et qu'aucun mot n'allège Tomba comme une pluie amère tristement.
Alors un des amis, plus subtil ou plus tendre, Devinant tout au battement de mon regard, Dit : « Je l'ai rencontrée, il ne faut pas l'attendre. Elle est très occupée et doit venir très tard... »
— 0 toi qui m'as sauvé de la pitié banale Que je craignais autant que mon propre souci, Cette simple parole aucune ne l'égale ! Elle viendra très tard, en effet... Va, merci...