‹ Œuvre amoureuse et sentimentaleChapitre 106 sur 172 · LES ARDEURS ÉTEINTES · texte numérisé non relu

LES ARDEURS ÉTEINTES

Que de regrets on lit dans les yeux qui vieillissent !

Que de frémissements insoupçonnés qui glissent

Sur ces corps que le temps jusqu'au bout laisse droits!

Que de trésors cachés! que d'ardeurs sans emploi !

La langueur de l'allure et le pli de la lèvre,

Le poignet toujouis chaud où brûle un peu de fièvre,

Tout, jusqu'au relief des bagues sous les gants,

Jusqu'au choix du parfum, jusqu'aux plis élégants

De la jupe, révèle une âme insatisfaite,

La volupté dormant sous des robes honnêtes.

Qu'elles ont du souffrir auprès de leur miroir!

Chaque ride est le souvenir d'un désespoir.

Pour sentir leur beauté chaque jour incomplète,

LES LÈVRES ET LE SECRET l^

Pour le grain de la peau moins pure et moins parfaite,

Que de pleurs répandus avant de renoncer!

Oh! poème d'amour, des yeux vite baissés !

N'allez pas, en passant, même effleurer leur robe.

Leur forme glisse vite et leur pas se dérobe ;

Pas un tressaillement ne saurait les trahir...

On dirait leur orgueil irrité d'un désir,

Au moindre frôlement il semble qu'on les froisse...

Mais non, c'est une peur, mais non, c'est une angoisse

Du charme insuffisant qui ne retiendra plus...

Peut-être le regret des bonheurs disparus,

De l'étreinte du soir, du baiser sur la porte,

De toute la chaleur de leur jeunesse morte.

L'on est devant un mur de glace et de fierté,

Car elles savent trop la fin de leur beauté

Et qu'elles ne sont plus assez irrésistibles.

Sous un flot de désirs elles sont insensibles.

Si l'on parle d'amour, rien d'elles ne frémit.

Elles disent, fermant leur paupière à demi :

Je n'y crois pas... de loin, tant leur voix s'est voilée.

Elles qui, cependant, en sont toutes brûlées...

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