‹ Œuvre amoureuse et sentimentaleChapitre 132 sur 172 · IMAGINATION · texte numérisé non relu

IMAGINATION

Je possède un beau château, M'a dit mon amie,

Avec un lac, un bateau Et des tours fleuries.

Mon vieux père est décoré D'ordres et d'insignes.

Il rit de me voir jeter

Du pain à nos cygnes.

Sur un balcon très ancien.

Le soir, je me penche.

Les parterres vénitiens

Ont des roses blanches.

Dans mon village, trois fois Plus beau que le Louvre,

Lorsque l'on parle de moi, Chacun se découvre.

— J'ai voulu voir le village, Le lac, le château.

Le lac est un marécage Fleuri de roseaux.

Le château est sans tourelle Et sans pont-levis.

C'est au coin d'une ruelle Un pauvre logis.

On me montre son vieux père ;

Il est artisan Et son nom n'est connu guère

Que de ses parents.

Les cygnes et les parterres

Aussi sont absents.

Mais cet endroit de la terre

Me charme pourtant.

Amie, si ta voix m'appelle,

Qu'importe un château !

Ta maison est la plus belle

Si tes yeux sont beaux.

Surtout, ne soit pas confuse

De m'avoir menti, Tu n'as pas besoin d'excuse

Quand tu m'as souri.

Mais mon amie, ô merveille!

Sans même rougir, Va et vient comme une abeille

Pour mieux m'accueillir.

« Là, dit-elle, est le jardin...

Quelle triste chose!

Il est grand comme la main

Et n'a pas de roses.

Le balcon est en bois peint

Et c'est une joie De jeter, le soir, du pain

A ce troupeau d'oies... »

— Mais oui, bien-aimée, invente

Sans aucun souci.

Que les femmes sont charmantes

D'oublier ainsi!

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