‹ Œuvre amoureuse et sentimentaleChapitre 133 sur 172 · LE GOUT DE PROMETTRE · texte numérisé non relu

LE GOUT DE PROMETTRE

Je porte en moi le goût étonnant des promesses...

D'un bonheur à venir je comble ma maîtresse;

Je lui dis : tu seras plus heureuse demain,

Je mettrai mon orgueil et mon cœur dans tes mains...

A l'ami rencontré je rends mille services

Avec des mots; selon mon facile caprice

Il voit réaliser ses projets, ses désirs;

Je donne largement par goût, avec plaisir;

Grâce à moi il sera comblé, je prévois même

Les vœux inavoués, ce qu'en secret il aime ;

J'agrandis devant lui son horizon d'espoirs,

Je m'admire de posséder tant de pouvoirs...

Or, je n'ai rien, je ne peux rien que des promesses,

Mais j'ai pour tout le monde une immense tendresse

Qui me porte à donner des mots qui font du bien.

Cœur prodigue et trompeur, tu ne mens pas pour rien !

Tu ne fais pas en vain de l'or avec tes fables !

L'homme accueille toujours les choses favorables,

Il croit, comme un enfant, à son bonheur toujours.

Et moi qui sais la vanité de mes discours,

Je trompe mes remords, je dupe ma conscience,

En leur disant : Je veux avoir plus de prudence,

Mes mensonges pourraient se changer en chagrins,

Je promets d'être vrai et modeste demain.

Page 1