‹ Œuvre amoureuse et sentimentaleChapitre 140 sur 172 · LA FOIRE · texte numérisé non relu

LA FOIRE

Les faux nègres, les clowns, les pitres Et le profd des assassins Dans les bars, au reflet des litres, Les filles, une fleur au sein,

Les phoques monstres aux trois queues, Les lions, les chevaux de bois, J'aime la foire jaune et bleue Aux nerfs déchirés, comme moi...

Je suis le nain avec sa bosse Et la vieille femme sans dents.

Je suis la fillette précoce Oui ^ ieni regarder le iréant ;

LES LÈVRES ET LE SECRET l85

Je suis l'arlequin qui parade Et la danseuse tour à tour, Et je reçois la bastonnade, Je joue du fifre et du tambour.

Je suis le voleur dans la foule, Je suis singe, panthère et paon.

Et c'est mon corps vert qui s'enroule Autour du charmeur de serpents.

Je suis le mannequin de son Que l'on renverse avec des balles ; Mon esprit vers le ciel profond Monte dans les feux de Bengale...

Et c'est moi la femme torpille.

Et c'est moi la belle Sapho, Moi qui, pour nourrir ma famille, Mets des bijoux et des seins faux.

Et j'anime les pains d'épice, Les œufs de Pâques couleur d'or, Les vieux sucres et la réglisse...

Je suis la cire des rois morts...

Avec le chien volant j'aboie, Au tir l'on me crible de balles, Et c'est mon cœur qui crie de joie Dans la musique des cvmbales.

Je suis enfin toute la foire

Aux feux du gaz éblouissant,

Avec ses crimes et sa gloire,

Ses drapeaux, son peuple et son sang\

l86 L'ŒUVRE SENTIMENTALE ET AMOUREUSE DE MAURICE MAGRE

Et quand les âmes des trombones Meurent en criant dans la nuit, Quand c'est le vide qui résonne Au lieu des spendeurs de minuit,

A l'heure où les monstres se couchent, Quand le silence est accouru, Que les couples ont disparu Sur la porte des hôtels louches,

Un rôdeur pour seul compagnon, Un chant d'ivrogne pour complainte, Je suis le dernier lumignon Clignotant sur la ville éteinte.

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