L'OMBRE ET L'ÉCLIPSÉ
Je suis comme celui qui regarde une éclipse
A travers un verre fumé, Tandis que, devant lui, inconsistante et triste,
S'allonge son ombre étonnée.
« Une ombre de poète est, dit-elle, bien mince.
Mes sœurs sont plus belles que moi...
Que ne puis-je marcher sur les talons d'un prince
Au lieu d'aller derrière toi... »
Et je luis : « Mon ombre, attendons que la lune S'en aille plus loin dans le ciel,
Car c'est là mon bonheur comme mon infortune, Qu'elle me cache le soleil. »
Mais c'est en vain que je regarde dans le verre, La lune est devant moi toujours,
Et mon ombre gémit et rampe sur la terre, Humble, chétive et sans contours...