‹ Œuvre amoureuse et sentimentaleChapitre 146 sur 172 · L'OMBRE ET L'ÉCLIPSÉ · texte numérisé non relu

L'OMBRE ET L'ÉCLIPSÉ

Je suis comme celui qui regarde une éclipse

A travers un verre fumé, Tandis que, devant lui, inconsistante et triste,

S'allonge son ombre étonnée.

« Une ombre de poète est, dit-elle, bien mince.

Mes sœurs sont plus belles que moi...

Que ne puis-je marcher sur les talons d'un prince

Au lieu d'aller derrière toi... »

Et je luis : « Mon ombre, attendons que la lune S'en aille plus loin dans le ciel,

Car c'est là mon bonheur comme mon infortune, Qu'elle me cache le soleil. »

Mais c'est en vain que je regarde dans le verre, La lune est devant moi toujours,

Et mon ombre gémit et rampe sur la terre, Humble, chétive et sans contours...

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