LA VIE EST PAUVRE
La vie est pauvre... On a du bonheur par fragments Et les seuls vrais plaisirs durent quelque! minutes. Tout ce qui, sur la terre, est bon, doux et charmant. On n'arrive à le posséder qu'au prix de Luttes.
Tout devient ennuyeux, môme ce qu'on aimait; L'âme est lourde d'un poids d'ardeurs inexprimées ; Les grands événements n'y surviennent jamais, La tendresse se sèche aux yeux des bien-aimés...
L'on dit qu'on veut agir, mais l'on est prisonnier, L'un, c'est de sa maîtresse et l'autre de sa mère ; On hésite, on faiblit pour avoir trop pensée L'un est pauvre de sang- et l'autre de chimères.
On cherche à se tromper, on craint la vérité, Et nos projets s'en vont comme des lisons flambent. Tant d'amour, tant d'espoir et tant de volonté Ne dépasseront pas le cercle de la chambre.
La vie est pauvre... on ne connaît que peu d'humains. On entend peu de bruits, on voit peu de visages... Ce n'est que par hasard que l'on presse une main, Qu'on saisit un ami, une femme au passage...
On ne voit qu'un morceau des pays qu'on traverse Et l'on n'y connaîtra jamais les habitants... Chacun pour lui tout seul conserve sa tristesse Et l'un reste chez lui, l'autre marche en chantant...
Pour un verre du vin qu'on aime on devient ivre... L'homme sobre périt avant l'intempérant... Et Tonne peut jamais lire tous les beaux livres, Et quand on a pitié, le mal est bien plus grand...
Ah! L'on voudrait pourtant tout aimer, tout savoir ï Posséder les bonheurs et les peines des autres... Que de secrets nous cachez-vous, ombres des soirs? Tant de beauté perdue pourrait être la nôtre !
Puisqu'ainsi cette vie est avare et mal faite, Que, loin et divisés, les hommes sont épars, Pourquoi fis-tu briller, ô nature imparfaite! De telles sympathies dans l'éclair des regards?
Pourquoi nous donnas-tu ce goût de l'impossible, I/amitié, ce pouvoir de choisir, et l'amour, Et ces songes du soir, charmants, irrésistibles. Et ces cœurs frémissants qui désirent toujours?