‹ Œuvre amoureuse et sentimentaleChapitre 153 sur 172 · JE PASSE · texte numérisé non relu

JE PASSE

Je ne suis qu'un passant ; le voyage est mon goût. Parfois, je creuse un nom dans l'arbre ou dans la glace, Mais ce n'est pas mon nom et c'est je ne sais où... Je regrette toujours les endroits où je passe.

Et pourtant, malgré moi, je ne peux m'arréter. Si j'orne mon chapeau d'un seul brin de fougère. Je sens bien qu'aux objets je demeure attaché Et j'emporte avec moi l'arôme de la terre.

Je vous aime, ô maison ! ô sentier ! mais je pars... Et l'allégresse alors se mêle à l'amertume. Mon manteau qui se gonfle au souffle du départ Me soulève et m'entraîne ainsi qu'une aile brune.

O cher groupe d'amis, table, propos du soir, Récit de ses amours que l'on aime à redire ! Je ne vous entends plus, je cesse de vous voir... C'est comme un fin visage où s'efface un sourire»

Vous qui vous étonniez, au seuil du vestibule, Tandis que les chevaux hennissaient dans la cour, Sachez que les aspects d'un arbre au crépuscule, L'adieu, l'ombre et le froid, ce sont là mes amours...

Allez, j'ai bien compris le poème des yeux, Ce qui venait à moi de franchise et de grâce... Dès que je vous ai vue je vous ai dit adieu... Ne vous attachez pas à moi, voyez, je passe...

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