UN SOIR AU CAFÉ
Un riche café plein de courtisanes Et de jeunes gens dans de grands faux cols, Des balcons sculptés où jouent des tziganes, L'électricité, les fleurs et l'alcool,
Une architecture en style moderne,
Des corps langoureux, des yeux fatigués,
Que la belladone agrandit et cerne,
Des Roumains très bruns et des Portugais
Des laquais rasés aux yeux ironiques, Les éclats du strass et des bijoux faux, Un corps de danseuse à la taille unique, A mon cœur très las, voilà ce qu'il faut...
Viens auprès de moi, petite danseuse, Et n'écoute pas ces gens en habit...
Garçon, apportez des fleurs langoureuses ; Servez le souper, j'ai grand appétit.
Le cœur est léger d'une ballerine ; Son tulle est pareil au verglas d'hiver. Si j'allais froisser contre ma poitrine Ces mains de cristal, ce givre de chair...
La neige au dehors a d'étranges formes... Avec ses gants blancs, ses cheveux collés, Mon cocher m'attend sous son uniforme... Pourvu que son nez ne soit pas gelé !
Petite danseuse,, appelons ce fiacre, Je n'aperçois pas mon cocher Louis.
Ton sang sera bleu sous ta peau de nacre, Tes cheveux dorés comme des louis...
Ce soleil d'hiver semble un scarabée, Qui descend vers nous sur le boulevard... Je te vois sourire à la dérobée Et te faire un châle avec du brouillard.
Les seuls vrais soleils ce sont les bougies ! Leurs feux le matin font les miroirs bleus... Je crois à tes yeux comme à la magie, Mais danse, danseuse, aux clartés du feu...